2015 • FLAC 24-bit/96 kHz • Musique baroque, clavecin
Janvier 2015 Février 2015 Mars 2015
Imagine, jouer Bach, c'est s'attaquer au patron ! On a toujours l'impression qu'il est là quelque part, dans un coin de la salle. Le Cantor, le Maître absolu, à écouter toute sa musique, infiniment. Pas par vanité, non, mais simplement parce que sa respiration s'est enfouie dans sa musique comme le levain dans la pâte. On l'entend respirer dans ses notes, et même quand il nous emmène en haut de ses tours, il n'a jamais l'air essoufflé. C'est gigantesque, éblouissant, énorme, tout ce qu'on veut, on a dû user tout le vocabulaire depuis trois cents ans. Alors y aller de sa petite contribution, après toutes les autres, oser se mettre à table et essayer de dire ce qu'on a à dire, ce n'est pas très facile. On a tort sans doute. Car ce qui compte d'abord, c'est l'invitation qu'il nous a laissée une fois pour toute à savourer ses notes. On se sent peut-être un peu gauche, un peu toujours élève avec lui. Mais ce n'est pas si mal, de passer un moment à l'école de Bach. C'est même plutôt jouissif, malgré ses airs bourrus. Ne pas trop se poser de question, ne pas vouloir tout comprendre et lui faire infiniment confiance.
Car c'est le paradoxe de l'oeuvre instrumentale de Bach : une musique de titan qui est toujours écrite pour des élèves. Le sommet des Goldberg est-il autre chose qu'un choix d'exercices pour nuits de cour ? Alors pour commencer, on évitera quand même les variations Goldberg, puisque je les mentionne. On essaiera plutôt de se glisser dans l'oeuvre par une petite porte à taille humaine, mais à très jolie clé. Et je pensais que le sujet des transcriptions, en picorant ici et là pour cheminer dans le sujet, ça restait abordable, comme un exercice d'apprentissage, en ayant l'air de rien, sans se risquer aux gros mots et aux écueils des mers trop prestigieuses. Parce que la transcription, c'est fait pour apprendre comment est faite la musique, ça reste un travail d'établi. Il y a un côté face un peu ambitieux, cette façon d'aller détricoter Bach ! Mais il y a un côté pile raisonnablement modeste, l'air de ne pas y toucher comme un débutant appliqué qui ne fait qu'essayer de jouer ça sur son clavier. On s'assoie au clavecin, et on écoute longtemps les oiseaux avant d'oser prendre son envol. [Jean Rondeau]
Attention ! Très, très chaud ! Ce disque a fait bouillir le mercure du thermomètre Qobuzissime ! Car Jean Rondeau a choisi de signaler sa présence au monde discographique avec un disque de Bach, bien mieux qu'original, qui a tous les atouts de l'aventure. On est tellement heureux, chez Qobuz, de saluer et re-saluer dès que possible, cette nouvelle génération de jeunes interprètes, le plus souvent issus de la musique ancienne, qui renouvellent l'approche de la musique classique et la façon de la communiquer, qui lèvent l'enthousiasme et s'expriment sans oeillères. Jean Rondeau en est l'un des nouveaux hérauts. Vous allez adorer cet album.
Le claveciniste commence par une Suite BWV 997 dont on pense maintenant qu'elle est vraiment de Bach, mais sans que l'on sache si elle est destinée au clavier ou au luth. Puis la transcription, sans doute concoctée par l'un de ses fils, certainement Wilhelm Friedeman, de la Sonate pour violon initialement BWV 1003, rebaptisée BWV 964 sous sa forme réécrite pour clavier ; l'original a été largement modifié pour en faire une vraie pièce pour clavier, hormis le dernier mouvement, à peine travaillé. Le clou du CD est la transcription pour clavier réalisée par Stéphane Delplace (vénéré maître ès-écriture de Jean Rondeau) de la Sonate pour flûte BWV 1013.
L'ouvrage nouveau est tellement réussi qu'on serait tenté de lui accorder son propre numéro de BWV. Naturellement, pas une note du discours n'est changée et la réalisation de Delplace « monnaye » et redistribue, en quelques sorte, l'évidence harmonique impliquée par la ligne mélodique. Après un petit clin d'oeil à Brahms et sa transcription pour piano-main-gauche de la chaconne de la Partita pour violon seul à laquelle il ajoute quelques tenues à la main droite, notre claveciniste décoiffé termine son programme avec le Concerto italien ou plus précisément : « Concerto dans le goût italien ». Rondeau lui restitue toute sa plénitude harmonique et thématique, que certains clavecinistes de ces dernières décennies avaient quelque peu écornée dans des lectures trop dogmatiques. Saluons donc ce premier opus discographique réussi à tous égards. [SM / Qobuz]
Durée totale : 84'34
Écouter des extraits de l'album :
ARTISTE > Jean Rondeau TITRE DE L'ALBUM > Bach: Imagine GENRE > Musique baroque, clavecin DATE DE SORTIE > 2015 LABEL > Erato/Warner Classics NOMBRE DE DISQUES > 1 SOURCE > WEB: Official Digital Download FORMAT AUDIO > FLAC 24-bit/96 kHz (Studio Master) PRÉSENCE DES COVERS > Front, livret pdf TAILLE TOTALE > 1,65 Go
Cliquer pour plus de détails :
Jean Rondeau - From Partita for solo violin BWV 1004 (transc. J. Brahms)