
Franz Schubert | The Essentials2017
« Étranger je suis venu, étranger je repars…» Ces mots, qui ouvrent Le Voyage d’hiver, le cycle de mélodies le plus bouleversant né de l’esprit d’un musicien, résument à eux seuls l’une des personnalités les plus riches et profondes de l’histoire de la musique, Franz Schubert. Le plus Viennois des compositeurs ayant vécu à Vienne, où il naquit et passa l’essentiel de son existence, n’eut guère le temps de se sentir chez lui où que ce soit....
… Autant d’indices pour une création qui penche constamment entre deux mondes, placée sous le double signe de la joie de vivre et de l’angoisse du néant, chaleureuse et inquiète, sensuelle et confiante à la fois, avec de longs moments de grâce immatérielle, le tout dans une sensation d’apesanteur qui impose une vision éthérée de l’au-delà. Cette inquiétude – il envisageait encore d’étudier le contrepoint avec Simon Sechter quelques semaines avant sa mort –, ce sentiment de vie en sursis peuvent également expliquer sa fièvre d’écrire, comme s’il voulait au plus vite jeter sur le papier le témoignage de son génie. D’où sans doute le nombre étonnant d’œuvres laissées inachevées où à peine esquissées, près de cent-cinquante au total. Et que penser de ses « divines longueurs », notion proposée par Robert Schumann à propos de la Symphonie en ut majeur « la Grande » et qui laisse percer ce qu’il y a de surhumain chez Schubert, capable d’étirer à l’infini un matériau d’apparence ténue ?…
....Chaleureuse, d’une beauté souvent fragile, la musique de Schubert est avant tout spirituelle. Mais sa création d’inspiration religieuse proprement dite est d’abord le fruit d’une solide formation inculquée par un père dévot puis par les pères Piaristes du « Stadtkonvikt ». Bien qu’on lise parfois que sa foi est « plutôt celle d’un charbonnier que celle d’un maître d’école », Schubert n’a pas été libre penseur. Mais il a indubitablement voulu prendre ses distances à l’égard d’un père bigot. Comme celui de Mozart, son catholicisme est plus hétérodoxe qu’orthodoxe...
...En dépit d’une quantité impressionnante de chefs-d’œuvre, vingt et une Sonates, dont onze complètes, Impromptus, Moments musicaux, la Wanderer Fantasie, Schubert, pour de trop nombreux pianistes, ne compte toujours pas parmi les grands compositeurs pour le clavier… Impression d’autant plus inadmissible que, plus spontané que celui de Beethoven, le piano de Schubert sonne aussi de façon plus naturelle. « Harmoniquement plus riche que celle de Beethoven, sa tonalité est plus orchestrale, Beethoven s’attachant davantage au contrepoint », constate le pianiste français Michel Dalberto, signataire d’une intégrale discographique du clavier de Schubert. Son œuvre pianistique est d’une grande poésie, ce qui permet aux interprètes de suggérer une palette infinie d’atmosphères, plus métaphysiques que chez Beethoven. Schubert annonce Schumann et, plus encore, Chopin, qui faisait travailler à ses élèves Impromptus et Moments musicaux, recueils annonçant Préludes et Nocturnes. Ce pan de la création schubertienne a trop longtemps été perçu de façon erronée, et il y faut impérativement renoncer à la légèreté. Cette musique est sombre, introvertie, profondément masochiste, comme l’affirme justement Dalberto. Elle va toujours chercher là où cela fait mal, et lorsqu’elle réussit, rien ne lui fait plus plaisir que de revenir à la charge.
Comme Schubert lui-même, sa musique semble tourner en rond, désespérée, à la manière du héros du Voyage d’hiver. Elle parle de solitude, de difficulté d’être, d’impossibilité de communiquer… C’est pourquoi Franz Schubert est notre contemporain..
(...source...)Le plus fascinant de ces Schubert ne serait-il pas le « dernier » ? Celui qui, durant l'automne 1828 - ultime saison de sa brève existence -, vit une sorte d'« été indien » musical, engrangeant une exceptionnelle moisson de chefs-d'oeuvre. Pourquoi cette recrudescence d'inspiration ? Une manière, peut-être, de rattraper le temps perdu - la panne sèche de trois ans qui, entre 1819 (fin d'une première floraison heureuse) et 1822 (lorsque la Wanderer-Fantasie pour piano réamorce le flux créateur), n'a vu l'aboutissement d'aucun projet artistique viable. Le pianiste Alfred Brendel risque une autre hypothèse : ne pouvant plus ignorer la maladie vénérienne dont il est atteint, Schubert sait son espérance de vie limitée, et se hâte de créer (1). Affaibli par les récidives de la syphilis, Franz est emporté en moins d'une semaine par le typhus, le 19 novembre 1828. A 31 ans seulement. Son frère Ferdinand, chez qui il habite depuis la fin de l'été, retrouve dans ses papiers des manuscrits inédits. Léguées dix ans plus tard à Robert Schumann, qui s'empresse de les publier et de les faire jouer, ces pages consolideront peu à peu la gloire posthume de Schubert.
La « grande » symphonie en ut majeur (que Félix Mendelssohn crée au Gewandhaus de Leipzig dès 1839), le quintette avec deux violoncelles, les lieder du Schwannengesang, quel sommet privilégier ? Peut-être les trois amples sonates pour piano, opus posthume. Soudées par des thèmes communs tissés en filigrane, elles forment une trilogie solidaire - à l'instar des trois dernières symphonies de Mozart (les 39e, 40e et 41e) ou des trois dernières sonates pour piano de Beethoven (opus 109, 110 et 111). Dans la première, en ut mineur, Schubert ose enfin rivaliser avec l'intimidant « Titan de Bonn », prestigieux aîné dont il a suivi l'enterrement l'année précédente en tenant l'un des cordons du poêle. En choisissant le même terrain (la tonalité fétiche d'ut mineur), en adoptant les mêmes armes (une dynamique violente, une tenue de combat), mais sans renoncer à son identité.
Dans la sonate en la majeur, Schubert invente la fièvre en musique et ses frissons lancinants. Peuplée de visions d'effroi, cette sonate, selon Brendel, nous rappelle que Schubert, avant Schumann, a côtoyé la folie. Quant à la dernière, en si bémol majeur, comme l'ultime concerto pour piano de Mozart ou son dernier opéra, La Flûte enchantée, elle apprivoise la mort, la regarde venir yeux grands ouverts, sans larmes. Tant de virtuosité créatrice et d'élévation spirituelle justifie l'apostrophe posthume que Franz Liszt, admiratif, adressait à celui dont il a transcrit nombre de lieder : « Tu as failli faire oublier la grandeur de ta maîtrise par la magie de ton esprit. »...
(...source...)« Voulais-je chanter l'amour, cela m'entraînait à la douleur ; voulais-je chanter la douleur, cela me menait à l'amour » (Schubert, 1822). Schubert ou le paradoxe. La proposition est peut-être inattendue ; à y regarder de près, c'est sans doute celle qui s'attache le plus sérieusement à lui dans la perception que l'on peut avoir de sa vie, de son œuvre et de sa légende.
Pur produit d'un univers clos, fils et prisonnier d'une ville (Vienne) où il naquit et mourut sans presque jamais la quitter, il n'en est pas moins, tant par sa vie que par son œuvre, le parfait symbole du « voyageur » romantique. Constamment mis en échec dans toutes ses tentatives d'insertion sociale, il est, dégagé de toute fonction servile, le premier des musiciens à n'avoir pour unique statut que celui de compositeur. Ignoré de son époque, il est l'ami des meilleurs parmi les Autrichiens de sa génération (Grillparzer et Bauernfeld pour la littérature, Schwind et Kupelwieser pour la peinture). Fils d'instituteur, il devient, par le pouvoir de sa musique, l'égal des maîtres qu'il vénère (Goethe, Schiller, Heine). Méconnu en tant que compositeur par ses contemporains, pratiquement jamais joué, très peu édité, il n'en laisse pas moins à sa mort un catalogue considérable d'œuvres (998 numéros). Cependant, nul comme lui n'a été le musicien de l'« inachevé », élevant cette catégorie jusqu'au mythe esthétique. Libre de toute contrainte, il bouscule les formes musicales, impose des œuvres brèves nées de l'instant-improvisation (Impromptus, Moments musicaux) au moment même où il élargit le temps musical pour devenir le musicien de ces « célestes longueurs » (Grande Symphonie en ut) qui laisseront Schumann admiratif et médusé. Inspirateur d'un groupe amical et culturel qui se nourrit de lui au point de prendre son nom pour enseigne de ses réunions régulières (les « schubertiades »), il en reste un des membres les plus modestes. Le joyeux compagnon vit en réalité dans la confrontation quotidienne avec la mort...
(...source...)Schubert inventa une nouvelle conception du temps musical : marqué par ses divines longueurs, son discours adopte volontiers une allure de quête. Il n'était pas, comme Beethoven, l'homme des certitudes, mais celui du doute ou de l'extase. En effet juste avant sa mort, Schubert avait décidé de reprendre des leçons de contrepoint.
Quelle preuve d' humilité pour ce grand parmi les grands.
Pour ses quelque six cents lieder, Schubert eut recours à une multitude de poètes, parmi lesquels les plus grands de son temps (Goethe, Schiller). Les éléments musicaux et littéraires y sont parfaitement équilibrés, placés sur le même plan intellectuel et émotionnel. Schubert ne suivit jamais de modèle fixe, utilisant des formes audacieuses et libres lorsque le texte le demandait. Le premier, il donna un poids décisif à ce qui n'avait été, même entre les mains de Haydn, de Mozart et de Beethoven, qu'un genre secondaire, et fit du lied le reflet fidèle de sa personnalité. Le héros de "La belle meunière" s'enfonce dans la solitude et le désespoir, sentiments qui sont des données de départ dans le "Voyage d'hiver".....
(...source...)
1. Yuja Wang - Schubert: Gretchen am Spinnrade, D.118 (Arr. For Piano By Franz Liszt)[03:36]
2. Karl Böhm and Wiener Philharmoniker - Schubert: Symphony No.5 In B Flat, D.485-1. Allegro[05:48]
3. Mischa Maisky and Pavel Gililov - Schubert: Ave Maria, "Ellens Gesang III", Op.52 No.6, D.839 (Arr. Johannes Palaschko)[05:36]
4. Wiener Philharmoniker & Carlos Kleiber - Schubert: Symphony No.3 in D Major, D.200-2. Allegretto[02:45]
5. Daria Hovora and Mischa Maisky - Schubert: Schwanengesang, D.957-Ständchen "Leise flehen meine Lieder"[04:18]
6. Wilhelm Kempff - Schubert: Piano Sonata No.21 In B Flat, D.960-3. Scherzo (Allegro vivace con delicatezza)[04:52]
7. Maria Joao Pires - Schubert: 4 Impromptus, Op.90, D.899-No.3 In G-Flat Major (Andante)[05:47]
8. Claudio Abbado & Chamber Orchestra Of Europe - Schubert: Rosamunde, Op.26, D.797-Entr'acte No. 3 (Andantino)[08:02]
9. Daria Hovora and Mischa Maisky - Schubert: Du bist die Ruh, Op.59/3, D.776[05:03]
10. Wilhelm Kempff - Schubert: Fantasy In C Major "Wanderer", Op.15, D.760-1. Allegro con fuoco ma non troppo[06:05]
11. Sebastian Knauer & Daniel Hope - Schubert: Auf dem Wasser zu singen, Op.72, D.774[03:04]
12. Wilhelm Kempff - Schubert: 4 Impromptus, Op.142, D.935-No.2 In A-Flat Major (Allegretto)[05:07]
13. Dietrich Fischer-Dieskau & Gerald Moore - Schubert: Winterreise, Op.89, D.911-Der Lindenbaum[04:40]
14. Heinrich Schiff & Hagen Quartett - Schubert: String Quintet In C Major, D.956-2. Adagio[12:55]
15. Boston Symphony Orchestra and Eugen Jochum - Schubert: Symphony No.8 In B Minor, D.759 "Unfinished"-1. Allegro moderato[10:58]
16. Dietrich Fischer-Dieskau & Gerald Moore - Schubert: Erlkönig, Op.1, D.328-Wer reitet so spät[04:16]
17. Wilhelm Kempff - Schubert: 6 Moments musicaux, Op.94, D.780-No.3 In F Minor (Allegro moderato)[02:06]
18. Isabelle van Keulen & Alois Posch & Tabea Zimmerman & Radovan Vlatkovic & Klaus Thunemann & Eduard Brunner & Gidon Kremer & David Geringas - Schubert: Octet In F Major, Op.166, D.803-5. Menuetto[06:39]
19. Gerhart Hetzel & James Levine & Wolfram Christ & Alois Posch & Georg Faust - Schubert: Piano Quintet In A Major, Op.114, D.667-"The Trout"-4. Thema-Andantino-Variazioni I-V-Allegretto[07:44]
20. Valery Afanassiev & Gidon Kremer - Schubert: Fantasia In C Major, Op.159, D.934-2. Allegretto[05:37]
21. Wilhelm Kempff - Schubert: 6 Moments musicaux, Op.94, D.780-No.2 In A-Flat Major (Andantino)[05:43]
22. Fritz Wunderlich & Hubert Giesen - Schubert: An die Musik, Op.88, No.4, D.547[02:24]
23. Pierre Fournier & Jean Fonda - Schubert: Sonata for Arpeggione and Piano in A minor, D.821-2. Adagio[04:04]
24. Hagen Quartett - Schubert: String Quartet No.14 In D Minor, D.810 -"Death And The Maiden"-4. Presto[08:33]
25. Orchestra Mozart & Claudio Abbado - Schubert: Symphony No.9 In C Major, D. 944-"The Great"-4. Allegro vivace[16:05]

Label : Deutsche Grammophon
Parution: 1 septembre 2017
Codec:Free Lossless Audio Codec (FLAC)
Channels: Stereo / 44100 HZ / 16 Bit
Bitrate : 506 kbps
Duration : 02:31:58
Inclus : Cover, nfo
Source & Preview:

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