Voici
donc la critique au centre d’un débat singulièrement violent : les
attaques dont, en France, « la nouvelle critique » vient de faire
l’objet, ont pris l’allure d’un interdit collectif. A partir d’un
certain nombre d’idées reçues, on ironise, on censure, on condamne.
Cette activité négative est-elle cependant aussi innocente qu’elle le
prétend ? Ne repose-t-elle pas sur des axiomes douteux ? des préjugés
inavoués ? un langage qui trahit à la fois des résistances involontaires
et une certaine gratuité de méthode ? Roland Barthes, dans une première
partie, n’a aucune peine à démonter la mythologie dont l’ancienne
critique use de façon courante.
Cependant, que doit chercher
aujourd’hui la critique ? La littérature moderne (depuis Mallarmé,
Lautréamont, Rimbaud, Proust, Kafka…), les développements de la
linguistique et de la psychanalyse, obligent à un nouveau langage :
celui-là même qui parle du langage. On peut enfermer un texte dans une
lettre morte et bornée quand, au contraire, le sens littéral ne vit que
de l’ ouverture symbolique dont il est la marque. Ce livre, loin d’être
seulement une mise au point dans une querelle déjà périmée, veut
éclairer le changement profond de notre culture par rapport à la
question centrale de l’interprétation, et introduire à cette nouvelle
histoire qui touche au passé comme à l’avenir : la science de la
littérature, sa critique et sa lecture devenant ainsi trois aspects
complémentaires d’un même acte de vérité.