Senser est un groupe de fusion londonien assez peu connu, qui, au même titre qu'un Rage Against the Machine, est apparu dans les années 90, époque fertile qui a vu naître bon nombre de formations s'essayant à la fusion. Finalement assez loin d'un RATM de part ses influences musicales beaucoup plus diverses (électro, hip hop, techno, métal, ...), le groupe ne sortira qu'un seul album à succès, leur premier effort "Stacked Up" qui est encore aujourd'hui une référence incontestée en matière de mélange des genres. Suite à des divergences artistiques, le groupe splittera après la sortie du premier album, le chanteur principal (Heitham Al-Sayed), le batteur (John Morgan) et le responsable boite à rythme (Haggis) allant de leur côté former un autre groupe, Lodestar, le reste de la bande continuera de son côté à sortir un autre album "Asylum" où seule la chanteuse Kersten Haigh officiera au chant. Beaucoup plus électro, l'album pourtant très bon ne parvient pas à convaincre, le groupe se sépare dans l'anonymat le plus complet, et revient, toujours dans l'anonymat le plus complet et décide à l'occasion d'une reformation pour un concert, de sortir leur troisème album SCHEMAtic, sorte de suite directe de Stacked Up, bonne synthèse des deux albums peu médiatisé...
En 2009, la bande à Al-Sayed revient en force, nostalgique de cette époque où tout était permis et sort How to do battle, toujours autant marqué par cette fougue et cette rage insaisissable, caractéristique de ce groupe culte qui ne semble pas avoir pris une ride. Ils se produisent au Royaume-Uni régulièrement, et des dates sont prévues pour la France par la suite. En 2013, ils publient leur cinquième album, To the Capsules, chez Pledgemusic et tournent avec Erika Footman au chant à la place de Kerstin Haigh.
Le groupe a toujours été friand d'un discours politique très engagé, on retrouve alors sur la plupart de leurs albums cette volonté de dénoncer et de s'opposer aux gouvernements, et d'aborder certains sujets sensibles comme le racisme ou la société de consommation..
Genre : Metal Rap / Rapcore / Fusion Origine : Angleterre
line-up : Heitham Al-Sayed : Chant James Barret : Basse Andy "DJ Awe" Clinton : Samples Kirsten Haigh : Chant Nick Michaelson : Guitare John Morgan : Batterie
Critique de l'Album
SENSER avait frappé un grand coup lors de la sortie de ce premier effort aux allures de missile stratégique et sa ribambelle de singles en forme de grenades destructrices. Ce collectif anglais, mené de front par le MC Heitham accompagné par la chanteuse Kerstin offre une surprenante alternative au Rap Metal. Une vision innovante qui mêle admirablement sons électroniques, mélodies inspirées, chants variés et guitares acérées. Cette fusion est particulièrement réussie. Je dirais que le flow de l'ami Heitham est aussi pertinent et fluide que le chant de Kerstin est envoûtant et rafraîchissant. La haute tenue de ce Rap politisé et gorgé d'émotions impressionne, ainsi que cette dualité incontournable avec la voix féminine. Ces facteurs contribuent fortement au capital sympathie engendré par l'oeuvre au fil des écoutes. Notons que derrière la fadeur de cette pochette bleutée se cache une production équilibrée et organique qui sied parfaitement à l'univers développé.
SENSER parvient à ne surtout pas lasser l'auditeur au contraire d'un CLAWFINGER par exemple, malgré les qualités évidentes d'un "Deaf Dumb Blind"(1993). Il s'agit ni plus ni moins d'un véritable exploit. La grande diversité des morceaux concourt évidemment à la forte personnalité de cet album. Il faut dire que le style inédit du combo reste aisément reconnaissable à l'instar de celui des géniaux grands frères URBAN DANCE SQUAD. La suite des aventures ne sera pas aussi réjouissante et spectaculaire mais est-ce une raison suffisante pour oublier trop vite ce "Stacked Up" qui a, quoi qu'en disent les sceptiques, marqué de son empreinte cette scène bondissante. Le groupe est d'ailleurs connu pour ses prestations scéniques fracassantes en compagnie notamment des RAGE AGAINST THE MACHINE : la tournée de la mort de la grande époque you know man !!
Après une intro qui semble miraculeusement émaner d'un vieux LP de RUN DMC,"State of Mind" déboule sans crier gare et PAF!! Une bonne paire de claques, ça fait du bien par où ça passe. Maintenant tendez l'autre joue bande de moules pour accueillir un riff imparable, avec Heitham et Kerstin se partageant le chant Rap, un refrain atmosphérique absolument exceptionnel suivi d'un break de tueur. Une bombe je vous dis, 1 à 0 pour SENSER. Après cette mise en bouche décapante, voilà un rythme chaloupé, des sons ascendants originaux, mêlés à des scratches judicieux. "The key" étonne et enchante grâce à sa construction et ses mélodies imparables. Mais bon sang, écoutez donc ce superbe refrain. "Switch" nous remémore les incroyables BEASTIE BOYS période post "Check Your Head" dans ses sons et sa dynamique efficace, un hymne avec des interventions sensuelles et décalées de Kerstin dans les refrains. Quel est donc ce coup foudroyant qui nous écrase le plexus?! Une trame electro chantonnante, bientôt rejointe par une guitare couinante, le chant féminin passé au vocoder, un refrain fédérateur "BORN!! Into An Age Of Panic !! Scande le chanteur, un hit énorme tout simplement, la vie parfois a du bon, quelle jouissance dans les esgourdes. On repart de plus belle avec le très heavy mais subtil "What's Going On" rempli de terribles riffs saccadés et de guitares vrombissantes. "One Touch One Bounce" est un instrumental plaisant et percussif permettant de souffler un peu avant d'entamer la deuxième partie de l'oeuvre qui se révèle quelque peu différente.
En effet, nous y découvrons certains morceaux moins immédiats et plus inégaux. Néanmoins pas d'inquiétude les petits, l'intérêt demeure presque toujours assez vif. L'écoute reprend avec le marteau-pilon "Stubborn", le passage le plus Metal du disque, lourd et étouffant comme la cale d'un supertanker, au chant vindicatif du plus bel effet et aux samples insidieux. Une véritable mine antichar. "Door Game" est un electro pop surprenant, bien construit et agréable avec des interventions de flûte (jouée par Kerstin), proposant un aspect psychédélique tout à fait délectable. Evidemment le contraste est saisissant entre ces deux titres enchaînés, puisqu'on glisse sans sourciller d'une violence sourde à une ambiance éthérée et contemplative. "Peanut Head" est la première faute de goût notable, cette dernière rappelle grâce à son utilisation de la guitare, certains aspects des indécrottables et référentiels BEASTIE BOYS, mais malheureusement le résultat n'est pas à la hauteur et fait plutôt pâle figure face à l'oeuvre des trois larrons de NEW YORK. Le nonchalant "Peace" ne décolle pas vraiment non plus avec ses faux airs de MASSIVE ATTACK du pauvre, malgré l'application de notre chanteuse. Les affaires reprennent sérieusement tandis que "Eject" est propulsé dans les enceintes. Des accélérations Hardcore, un refrain excellent et dérangeant, un titre ultra efficace et puissant en forme d'uppercut dans les parties génitales. Après un "No Comply" aussi plombé et violent que bref et incisif, nous terminons sur l'aérien "Worth", un second instrumental reposant aux mélodies acoustiques fort bien amenées.
Hé bé, voilà une bien belle bête au final. Qui, si elle souffre de légères faiblesses à mi-parcours, n'en demeure pas moins l'une des pépites du genre. Car SENSER sait composer des chansons qui ont une vie propre, pas uniquement des accumulations d'idées gonflées aux samples qui s'emboîtent comme les pièces incongrues d'un puzzle sonore sans âme. Non, c'est tout le contraire. Le plaisir réside à ressortir cette galette de temps à autre pour s'abreuver de ses couplets frondeurs. Un signe assurément. Un poil meilleur que les blancs-becs trop proprets de CLAWFINGER, influencé par le génie de URBAN DANCE SQUAD, SENSER a conservé précieusement l'héritage des légendaires BEASTIE. C'est à dire, un goût immodéré pour l'expérimentation, le métissage des genres et un feeling de tous les instants. Ce dernier élément qui doit impérativement faire partie de la panoplie est avant-tout l'apanage des grands. Chaudement recommandé pour les nostalgiques de cette période haute en couleurs... et pour les autres aussi hein.
"plusieurs avis valent mieux qu'un" Merci à la vendeuse de la FNAC en bas de chez moi qui m'avait dit ce jourlà : prends ce skeud... C'est le truc qu'il te faut. . Au milieu des années 90, la scène fusion bat son plein et les groupes pratiquant ce style connaissent alors un succès qu'ils ne retrouveront plus. Je pense à Fishbone, Living Colour, R.H.C.P., Urban Dance Squad et consorts. D'autres, plus radicaux, choisissent de mâtiner leur Hard-Core de Hip-Hop plutôt que de Funk. Rage Against The Machine est acclamé dès son premier album éponyme (qui pour moi, reste le meilleur), de même que le groupe Downset et son tube "Anger". Mais au final, ce mélange des genres (Hard-Core et Hip-Hop, ou Rap-Core) se fait sur une base instrumentale rock (guitare-basse-batterie), la véritable innovation provenant des vocaux raps, une révolution au sein de la scène Metal et un gimmick précurseur du mouvement Néo qui déferlera à la fin des 90's. Mordred pousse le concept encore plus loin en intégrant un D.J. attitré et propose ainsi une tambouille mi Trash mi Hip-Hop très réussie mais malheureusement restée dans l'ombre. Rien ne laissait pourtant présager la tempête Senser. Pour un premier album, ce Stacked Up est incroyable de maturité, de maîtrise instrumentale et de cohérence stylistique. A la différence d'un Bad Brains, par exemple, qui alterne morceaux punk-rock et titres reggae, Senser mixe ses très (et jamais trop) nombreuses influences au sein de chaque chanson et redéfinit en l'espace de 13 titres la notion même de Fusion. Album fédérateur, Stacked Up réconcilie le Metal, le Hip-Hop, l'Electro et envoie tout ce petit monde se faire dorer la pilule sous les infra-basses du Dub. La voix masculine rape à la vitesse de la lumière ("States of Mind", "Age of Panic"), une voix féminine sensuelle pose des choeurs et des refrains chantés toujours inspirés ("What's going on ?"), les grattes balances des riffs de pur Trash-Metal (le très efficace "Eject") et le D.J. fait bien plus que de la figuration : la finesse de ses arrangements, renforcés par une section rythmique ultra carrée et parfaite dans ses incursions Ambient et Dub ("Door Game", "Worth"), confère à ce skeud unique en son genre une richesse instrumentale qui trouve encore difficilement son équivalent. A la différence des groupes cités plus haut dans cette chronique, Stacked Up ne fait pas son âge. Pire, plus il vieillit, plus il en devient humiliant pour la scène actuelle tant son originalité et son inspiration sont sans faille. Une leçon d'intelligence, une claque pour tous les branleurs de manche en quête du gros son et du riff ultime, bref encore un disque indispensable pour tous ceux qui attendent autre chose du rock qu'une batterie binaire et des compositions à trois accords.
une petite idée, alors Youtube est votre ami :
Format : MP3 (320 Kbs) durée totale : 1 h 02 mn 51 s présence pochette & livret : non
les titres de l'album : 1. States Of Mind 2. The Key 3. Switch 4. Age Of Panic 5. What's Going On 6. One Touch One Bounce 7. Stubborn 8. Door Game 9. Peanut Head 10. Peace 11. Eject 12. No Comply 13. Worth
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