De son vrai nom Ian Mathias Bavit, né en 1976 à Long Island ("My name is Ian Mathias Bavitz. I was born in One-Nine-Seven-Six, at Syosset hospital, located in Long Island, New York. I am 6-foot-4, I weigh Two-Zero-Zero pounds. I have brown hair and green eyes. I enjoy writing songs, painting, movies and diner food. I have two brothers, Chris and Graham, and two parents, Paul and Jameija. In august of Two-Zero-Zero-One I went crazy..").
passe la première partie de sa vie dans le Lower East Side new-yorkais, un quartier et une ville comme principales et intarissables sources d'inspiration. Aesop Rock est un mc talentueux, une voix rauque, un flow souvent monocorde, toujours étonnant et ponctué par des avalanches de rimes multisyllabiques impressionnantes.
Il commence par étudier la peinture à l'Université de Boston avant de devenir rappeur et producteur dans les années 1990. En 1997, il s'autoproduit et sort son premier album Music for Earthworms suivi du maxi Appleseed.
Novembre 1999, sort "Appleseed" un excellent Ep qui fait vite de l'ombre a son prédécesseur tant il atteint des sommets sur les 8 titres qui le composent. Le saxophone jazzy de 'Dryspell', l'orgue de 'Sick Friend' et la sombre atmosphère de 'Same Space' font d'"Appleseed", un "album" brillamment produit (par Blockhead, Omega One et Aesop lui même), un disque sur lequel l'homogénéité n'est à aucun moment altérée par la diversité et la variété des ambiances. "Appleseed" révèle un prodigieux garçon de 22 ans, éternel adolescent, fasciné par sa ville et le monde qui l'entoure, talentueux mc, imposant, magistral, et très grand lyriciste. Dose one, chef de file de l'écurie Anticon rejoint Aesop sur 'Odessa', conclusion séduisante d'une des meilleures sorties de 1999.
C'est d'ailleurs Mush, label affilié à la structure californienne qui propose son premier contrat a Aesop (jusqu'alors "emmerdé par la paperasse des labels"), l'album "Float" (2000) est le fruit de cette signature et est pour beaucoup considéré comme le meilleur de l'artiste. Sur 20 plages, Aesop Rock subjugue par son talent et sa capacité à innover, les productions (toujours assurées par Blockhead, Omega et Aesop) sont largement à la hauteur des prestations du mc qui nous livre un "must-have" brillant. La forme atteint la perfection - si elle est de ce monde - cuivres et cordes se mêlent à des ambiances cinématographiques parfois inquiétantes, on décèle même des reminescences Country sur le duo avec Slug (Atmosphere) sur lequel les deux mcs s'amusent d'une joute syllabique et lyricale dans les règles de l'art. Parmi les nombreuses perles que propose "Float" notons 'Attention Span' partagé avec Vast de Cannibal Ox , 'How To Be A Carpenter', lyrique et envoûtant et 'No Splash' où l'on soupconne le sample d'une sirène de bateau. Bluffant. Le fond est tout aussi intéressant et mérite une lecture attentive (et difficile) des lyrics, on y retrouve une critique de la société américaine, de l'influence des médias ainsi que la peinture d'une ville (New York) inspirant fascination et claustrophobie. Rien est à jeter, Float" est un monument à la hauteur de son créateur, il s'érige au delà de toutes règles pré-établies.
La collaboration avec Mush est de courte durée et Aesop Rock rejoint Def Jux, structure créée par El-P (ex-Company Flow) et fleuron d'un hip hop indépendant renouvelé. En résulte, en 2001, le très bon "Labor Days" amorcée par la sortie du maxi "Coma / Maintenance" qui propulse Aesop Rock au rang supérieur. Le mc-producteur prend du gallon et devient une des têtes d'affiche d'un label qui a le vent en poupe. Plus qu'un simple disque, "Labor Days" est une psychanalyse, une dissertation de 14 titres autour du travail et de l'assujettissement qu'il confère. L'album est remarquable en de nombreux points, il est ordonné, harmonieux, presque irréprochable. Beaucoup reprocheront à "Labor Days" son ascétisme, son austérité. Il est clair que l'on est loin de la palette d'ambiances et de couleurs offerte par "Float", mais le résultat est loin d'être désagréable, outre les performances du mc, desormais monnaie courante, on remarque une véritable ligne directrice, une unité évidente autour de ce thème unique. Le tubesque et efficace 'Daylight' annonce une plus grande accessibilité qui n'enlève rien la richesse lyricale caractéristique de l'artiste.
Toutes les plages de "Labor Days" sont du même acabit et font de l'album une véritable oeuvre littéraire. Les productions sont toujours joliment travaillées par la même équipe que les albums précédents. On notera les apparitions de C-Rayz Walz ('Bent Life') et Illogic ('One Brick') et un artwork intriguant (un amas de corps difformes).
2002, nouvelle année, nouvelle sortie, le Ep "Daylight" met en avant la première collaboration Aesop Rock / El-P ('Nickel Plated Pockets' sur lequel Vast nous gratifie de quelques apparitions dans la peau d'un clochard new yorkais). On remarquera l'excellent 'Night Light', sombre suite réussie de 'Daylight' et 'Alchemy', production de Blueprint. "Daylight Ep" est loin d'être au niveau de ses prédécesseurs, les productions bien que réussies paraissent souvent en inadéquation avec le travail d'Aesop au micro.
Aesop Rock est donc un véritable stakhanoviste (5 sorties en 5 ans), un mc étonnant et innovant, un très bon producteur, un personnage atypique, intéressant, hors-normes. 2003. A l'heure où beaucoup prédisent la décrépitude de Def Jux, Aesop Rock devenu une des "têtes de liste" du label s'apprête a sortir "Bazooka Tooth", un nouvel album qu'on espère dans la lignée de ses précurseurs, les productions devraient être signée El-P, Rjd2 entre autres.
Genre : Hip Hop Alternatif Origine : Long Island, New York
line-up : Ian Mathias Bavit
Critique de l'Album
Il ne reste plus qu'une personne intéressante chez Def Jux, une seule dont les sorties peuvent encore susciter un minimum d'enthousiasme, sinon d'intérêt. Cette personne est Aesop Rock, seul artiste maison à avoir sorti un bon disque en 2002 (le Daylight EP), rare rappeur à pouvoir se vanter d'un passif conséquent de quatre albums jamais ou rarement décevants. Mais tout à une fin, et notre belle histoire avec Aesop Rock va sans doute s'arrêter avec Bazooka Tooth, nouveau disque où pointent deux signes contradictoires mais caractéristiques de l'épuisement d'un artiste : l'auto-caricature et le glissement vers la normalité.
L'auto-caricature, c'est d'abord le flow sur-articulé du rappeur, cette sur-prononciation des syllabes qui est sa marque de fabrique. Ce qui a autrefois marqué les esprits lasse aujourd'hui. Aesop Rock donne l'impression de rapper en roue libre, de dormir sur son style. L'auto-caricature, ce sont aussi les prods futuristes à la con d'El-P (les autres sont d'Aesop lui-même ou du fidèle Blockhead), de plus en plus identifiables, de plus en plus prévisibles. Ce n'est plus la même recette qu'il nous sert, c'est carrément le même plat faisandé qu'il ressort tel quel à chaque repas, chaque fois plus rance, chaque fois plus dur et chaque fois plus croûté. Les prods de Blockhead d'autrefois n'étaient peut-être pas extraordinaires. Mais elles, au moins, étaient au service et à la mesure d'Aesop Rock, elles le laissaient habiter et animer ses morceaux.
La normalité, ce sont ces beats paresseux, le funk d'opérette de "Cook it up" par exemple, ou l'instru orientale un peu planplan de "NY Electric". C'est ce style battle ("Freeze"), ces observations sociales à deux balles ("Babies with Guns"), ce patriotisme de quartier ("NY Electric"), tout ce rap figé et orthodoxe qu'on croyait avoir oublié. Et puis quoi, ces featurings ! El-P ci, Mr. Lif là, et même Camp Lo histoire de montrer que maintenant on est chez les grands et que, hé les mecs, nous on fait du vrai rap hein ("We're Famous"). Il y a encore trois ans, au temps d'Appleseed et de Float, Aesop Rock était au centre de la scène hip hop indépendante, il était son MC phare et consensuel, et à ce titre, il pouvait collaborer indifféremment avec les plus prestigieux représentants de la Côte Est, de la Côte Ouest ou du Mid West, avec des Vast Aire certes, mais aussi des Dose One et des Slug. Aujourd'hui, malheureusement, le voilà prisonnier de son propre style et d'une écurie hip hop puante et sur le déclin, d'une maison de disque dont l'heure de gloire s'est limitée à un ou deux albums, d'un label qui ne le mérite pas.
Comme prévu, en dépit de ces nombreux défauts et grâce à une fin mieux négociée que le reste, Bazooka Tooth sera malgré tout le meilleur album Def Jux 2003. Mais cela est loin, très loin, d'être un titre de gloire.
"plusieurs avis valent mieux qu'un" Consacré « label hip-hop du renouveau » par la presse des quatre coins de la hype, façon Rawkus en son temps, le label de El-P (dont l’album Fantastic damage vieillit bien, surtout en version instrumentale) continue son « archétype de chemin », grillant dangereusement les étapes (voir RJD2 et son désolant Dead ringer), posant les jalons d’un rap escarpé et numérique, parsemé de commodités, de raccourcis qui ont malheureusement pris le pas sur de longues autoroutes complexes, émérites (The Cold vein de Cannibal Ox, pour exemple), qu’on aimait parcourir il y a quelque temps les feux éteints. Les temps changent vite. Trop de sorties peut-être, trop de boulot pour un El-P à l’emploi du temps surchargé. El-Producto qui raconte d’ailleurs ici son parcours sur le drôlement nommé We’re famous, sorte d’élucubration egotrip de son propre miroir, telle une rallonge en panne de conceptions et de connexions fraîches… Un morceau placé en plein milieu de l’album, une identité nombriliste qui se pose trop de questions. Aesop équilibre heureusement la moitié de cette tranche narcissique, en volant au-dessus de la tête de l’ex-Company Flow.
Il va sans dire que le jeune Aesop est un Mc de haut calibre. Il n’y a rien à dire la-dessus. Il se déplace toujours aussi bien sur les basslines (l’ouverture altruiste avec le toast surchauffé Bazooka tooth, cassé remarquablement à l’enclume sur la fin), chavire aisément entre les beats (Easy et ses jeux de guitares entrelacées avec des crachins de synthés mélodieusement biffés). Ce qui frappe le plus chez l’auteur de Float, c’est qu’on sent dans sa voix une tristesse sous-jacente, un milliard d’histoires jamais résolues (Super fluke). Malgré cela, on peine ici à le suivre sur cet album longuet, qui tire des cordelettes trop souvent gâtées par la facilité (Cook it up featuring PFAC). Aesop a fourni une grande majorité des prods de Bazooka tooth, ceci expliquant peut-être cela… Il insère ici pourtant de superbes passages, des tracks bien calibrés, qui rappelle la « bonne époque ». Comme avec N.Y electric, petit obus qui permet au Mc / producteur de déployer ses ailerons terminologiques, ou sur Mars attacks, qui finit cet opus sur de belles notes tourmentées. Rock s’y dresse de façon admirable, sur un instru épuré et une ligne de basse efficace, qui se laisse fracturer par un déroulement de samples brusqués, repartant drôlement sur une rythmique qui s’humecte d’étoffes synthétiques. Bourré de tonalités raboteuses et de d’esquisses mélodiques superposées un peu trop fournies, Bazooka tooth ne prend pas vraiment l’auditeur à la gorge de la meilleure façon qu’il soit. Il étouffe plus souvent par son manque de douceur, et ses avalanches de productions jumelles.
Pour les possesseurs du sublime Float du sieur Aesop, ceux qui ont découvert l’homme avec Music for earthworms ou Appleseed, ceux qui ont été désappointés par Labor days : souriez, vous êtes rares… Et rangez votre sourire pour la sortie de Bazooka tooth car vous risquez de vous fracasser les dents en croquant la galette. Par contre, pour ceux qui découvrent le label Def Jux (oui, vous, souriez, vous aimez le rap désormais), et qui n’ont jamais entendu parler d’Aesop Rock : vous allez en prendre plein l’estomac et vous nourrir décemment. Cet album est pour vous. Le dernier disque de ce personnage important du nouveau « rap game indépendant » est un fruit bizarroïde, constamment en forme louche. Lorsqu’on pense l’apprécier, il se gorge de demi-teintes qui gouttent mal, se dénature comme un arc-en-ciel albinos. Où va donc Def Jux ? Dans le cul d’un Cheval de Troie mal alimenté ?
une petite idée, alors Youtube est votre ami :
Format : MP3 (320 Kbs) durée totale : 1 h 10 mn 20 s présence pochette & livret : non
les titres de l'album : 1. Bazooka Tooth 2. NY Electric 3. Easy 4 No Jumper Cables 5. Limelighter 6. Super Fluke 7. Cook It Up 8. Freeze 9. We're Famous 10. Babies With Guns 11. The Greatest Pac-Man Victory Ever 12. Frijoles 13. 11:35 14. Kill The Messenger 15. Mars Attacks
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