1. Le Quatrième [13:11] 2. Le sixième [03:53] 3. Le cinquième [18:58]
+ Bonus : (enregistrés en septembre 1981)
4. Pendule [03:06] 5. Sous une arche de pierre [06:27] 6. Prélude à l'éclipse [02:16] 7. La robe et le chat [01:52] 8. Pour le bal des pauvres [01:51]
Total minutage : 51:34
Didier Lustig, Frédéric l'Épée, André Fisichella
UN GROUPE SUPERBE TOMBÉ DANS L'OUBLI !
Voila un des plus beaux fleurons du rock progressif français des années 70. Ce groupe instrumental de premier plan est encore un groupe niçois: comme Carpe Diem avant lui, c'est dans la belle cité méditerranéenne que Shylock voit le jour en 1974, par la rencontre de trois musiciens, le guitariste Frédéric l'Épée, le claviériste Didier Lustig et le batteur André Fisichella. Ne trouvant pas de bassiste, le groupe décide de continuer en tant que trio. C'est dans la petite église de Saint-Dalmas-le-Selvage, un hameau perdu dans les Alpes de l'arrière pays niçois, dans la vallée de "Gialorgues", que le trio répètera durant 3 années (c'est cette église qui figure sur la pochette). Ils numérotent les morceaux qu'ils créent en les nommant "le premier"..."le quatrième", etc, etc... Le groupe donne son premier concert le 7 avril à Nice, à la maison des jeunes de Magnan, devant 300 personnes. Puis ce sera à la Fac de lettres et à Cannes. L'engouement rencontré les poussent à enregistrer leur album. C'est en Juin 1975 qu'ils louent pour 10 jours le studio de la Fontaine près d'Antibes et, toujours sans bassiste, y enregistrent leur premier album auto-produit, "Gialorgues" en 1975, Frédéric l'Épée y tenant également les parties de basse. Cet album qui ne sortira que l'année suivante en 1000 exemplaires, est un disque d'une grande richesse musicale, d'une couleur assez sombre et très inspirée des monstres anglais comme King Crimson et Genesis, sans structure vraiment définie, d'une qualité sonore moyenne (16 pistes) et interprété par des musiciens à la technicité aiguisée. A leur retour du service militaire, le trio signe chez CBS qui va sortir l'album en 1977 pour une exposition bien évidemment maximale (3000 albums vendus) et engage un bassiste, Christian Villena. Mais le retour à la vie civile génère des tensions entre les musiciens: l'enregistrement de l'album suivant, "Île de fièvre", dans le studio genevois de Patrick Moraz, démarre dans un climat vraiment tendu. Bien qu'ayant écrit la plus part des titres de l'album, Christian Villena claque la porte en plein enregistrement: il sera remplacé par Serge Summa qui enregistrera donc tous les titres de cet album avec Shylock. Ce "Île de fièvre" est une fusion assez exceptionnelle entre rock-jazz et musique contemporaine. Mais il ne connaîtra pas le même succès que le premier album, alors qu'il contient pourtant l'un des morceaux les plus fameux de tout le rock progressif français, le titre "Île de fièvre"...
Le cinquième
Très axé sur les claviers et la guitare, cet album surprend par sa personnalité déjà affirmée. Même si l'on sent le groupe encore à la recherche d'un équilibre, si l'on sent les tâtonnements un peu immatures de ses compositions, "Gialorgues" montre d'emblée l'énorme potentiel de ces musiciens à la technique acérée. Ce premier album fourmille d'idées. On ne peut s'empêcher de faire référence à King Crimson tant les clins d’œil sont fréquents, notamment les interventions de la guitare "Frippienne" de l'Épée. Trois morceaux composent l'album, deux grandes suites entourant une plus courte. Cela démarre par "Le quatrième" (écouter-> c'est ici), longue suite de 13 minutes d'une frénésie rythmique assez surprenante, lancée par des arpèges de claviers, des envolées de guitare à la Steve Hackett et des roulements de batterie rapides et nerveux développant un climat sombre baigné de synthés lancinants qui n'est pas sans rappeler le côté obscur d'un Bachdenkel ou d'un "Larks' tongue in aspic". On trouve par moment dans les parties de guitare, la folie de Fripp, ou encore le côté cérémonieux d'un Akkerman dans le final. L'intermède du milieu, "Le sixième", lance ses synthés mystérieux. On est vraiment dans l'univers "Bachdenkel", lourd et pesant, par moment inquiétant. La partie désarticulée de la deuxième partie est absolument démente, avec un batteur totalement halluciné, d'une présence remarquable par la force de son jeu: c'est lui qui mène véritablement la barque dans ce morceau. Survient le troisième et dernier titre, l'incroyable "Le cinquième". La fureur dégagée ici est vraiment étonnante. C'est vrai que nous sommes en plein univers "Crimsonien", des lignes directrices répétitives au gros son jouées claviers-guitare sur des frappes de batteries façon "Bruford", des moments d'accalmie paisibles avec arpèges acoustiques, puis de nouveau une guitare mordante et puissante sur un tempo à la "Camel": un gros gros morceau ! Ce morceau provient comme souvent avec Shylock des longues improvisations que le groupe faisait dans l'église. Si les 3 premiers morceaux du groupe ("le premier", "le second" et "Le troisième") sont absents de l'album (choix des musiciens), le CD nous offre par contre des bonus très séduisants qui datent d'une toute autre période. A l'occasion de la réédition CD de l'album, Lustig et l'Épée ont accepté d'y ajouter 5 nouveaux titres composés et enregistrés en 1981 au studio "Le Vigilant" à Nice pour un éventuel 3ème album qui ne vit jamais le jour. Le son est bien évidemment meilleur et ces morceaux sont d'un intérêt particulièrement intéressant. Les deux premiers sont d'inspiration "musique contemporaine" mouvance école française début XXème: "Pendule" très "Debussy-Satie" avec son piano impressionniste et sa guitare entêtante faite de notes répétitives, tout comme "Sous une arche de pierre" (écouter-> c'est ici) livrant une partition pianistique de premier ordre. Influence Genesis marquante pour "Prélude à l'éclipse" avec ces arpèges de piano en mode "Firth of fifth" et ces notes aiguës planant dans le lointain, alors que nous sommes plus dans le rétro avec "La robe et le chat", superbe ballade jouée au piano et autres claviers, juste accompagnés d'une basse bien ronde. "Pour le bal des pauvres" clôture l'album en mode "orgue de barbarie" comme un manège qui tournerait sans fin en s'éloignant: petit instant magique. Shylock deviendra rétrospectivement avec cet album en particulier, un groupe culte et essentiel du rock progressif français. (Xanthul)
UN ALBUM CULTE DU ROCK PROGRESSIF FRANÇAIS !!
Fichier audio : FLAC / 16 Bit / 44100Hz Taille : 306 Mo Durée : 51:34 Genre : Rock Progressif Label : Gialorgues Année : 1976 CD : 1994