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Pixies - Trompe le Monde - 1991 - FLAC - 44100 HZ / 16 Bit - torrent


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Download Pixies - Trompe le Monde - 1991 - FLAC - 44100 HZ / 16 Bit - torrent




Torrent Description

Pixies - Trompe le Monde - 1991



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ARTISTE



Pixies est un groupe de rock
alternatif américain, originaire de Boston, dans le Massachusetts. Formé en
1986, le groupe se sépare en janvier 1993 dans des conditions quelque peu
houleuses, mais s’est reformé en avril 2004. De ses débuts jusqu'en 2013, le
groupe est constitué de quatre membres : Black Francis (né Charles Thompson IV,
et ayant eu pour nom d'artiste Frank Black entre 1993 et 2006) (chant et
guitare rythmique), Joey Santiago (guitare solo), Kim Deal (basse et chant) et
David Lovering (batterie). Après le départ de Kim Deal pendant l'enregistrement
de l'album Indie Cindy, Kim Shattuck d'abord, puis Paz Lenchantin désormais
membre à part entière du groupe, ont été les bassistes du groupe.



Le groupe n'a rencontré qu'un
modeste succès dans son pays d'origine, mais en Europe ses albums ont touché un
large public.



La musique des Pixies puise
notamment ses influences dans le punk rock et la surf music des années 1960, et
se caractérise par sa richesse mélodique, sa dynamique particulière (couplets
calmes et refrains endiablés). Les chansons sont écrites en quasi-totalité par
Black Francis, le chanteur et guitariste du groupe. Ses textes sont
délibérément obscurs, souvent surréalistes, et traitent de sujets aussi divers
et graves que l'ufologie, la maladie mentale, les blessures physiques et
l’inceste, avec de nombreuses références bibliques.



Le groupe est largement considéré
comme l'un des fers de lance lors de l’explosion du rock alternatif au début
des années 1990, bien qu’il se soit séparé avant d’avoir pu bénéficier
pleinement de ce statut de pionnier. Leur influence s'est considérablement
étendue après leur séparation. Ce statut d'artiste culte n'est sans doute pas
étranger au succès de Nirvana, dont le leader Kurt Cobain a maintes fois et
publiquement reconnu que son groupe devait énormément aux Pixies.



L'ALBUM



Album Rock



Au début des années 90, les dieux
du rock pouvaient légitimement penser que les Pixies avaient parfaitement
accompli leur destinée : biffer ces sordides eighties en redonnant à un binaire
impotent et paradant lamentablement dans les stades sa dimension ésotérique, ne
plus envisager l’amplification comme un simple moyen, un véhicule, mais comme
une substance brute à travailler dans sa matérialité même. Démultipliée dans ses
manifestations sonores par la fée électricité, la guitare est un objet qui peut
produire un boucan infernal, autant qu’une déferlante de sons les plus
étranges, biscornus et insolites possibles. Mais cette approche expérimentale a
un prix : il faut s’affranchir de la série d’accords classiques soutenant la
mélodie et ainsi s’exposer à l’hermétisme et aux concerts de larsens virant au
grand n’importe quoi pontifiant. Voilà un écueil que Sonic Youth n’a pas su
éviter, du moins pendant une partie de sa carrière. Or, la grande réussite des
lutins du Massachusetts a été de parvenir à ne pas découpler ces deux
orientations (la mélodie et l’exploration bruitiste) par une anti-technique les
fusionnant dans un même mouvement, proposant un rock agrégeant la rage du punk,
un songwriting aux frontières de la pop, l’ascétisme primitif de la country et
du surf tout en le rendant aussi explicite qu'une décharge d’électricité pure.
Sur cette ligne aussi claire que périlleuse, Surfer Rosa et Doolittle ont semé
des graines qui germeront vite dans la décennie qui s’ouvre, contribuant
grandement à donner naissance à ce qu’on appellera d’un vilain mot le rock
alternatif. La descendance est déjà prête à emboîter le pas en prenant ces deux
albums comme bréviaires, à commencer par Kurt Cobain qui exportera la formule
devant les masses, en vendant plus de disques en 6 mois que ses mentors durant
toute leur existence discographique.



Les deux premiers efforts du
groupe ont si bien produit leurs effets que la suite paraît presque superflue.
Délivrés de l’effet de surprise, Bossanova et Trompe le Monde apparaissent
comme des réalisations de seconde zone, des parents pauvres, rarement jugés au
même niveau que leurs prédécesseurs. Il semble malgré tout que le temps ait
fait son office et que, si Bossanova est toujours considéré comme légèrement en
deçà des qualités moyennes pixiennes, les mérites de Trompe le Monde soient
enfin considérés à leur juste valeur. Aussi n’est-il plus aussi polémique qu’en
1991 d’affirmer que ce quatrième et dernier opus est une réalisation majeure,
et qu'il constitue peut-être même (osons le dire) le meilleur album que le
quatuor de Boston ait enfanté durant sa courte existence.



L’une des grandes lois du rock
semble s’être encore une fois vérifiée ici : il faut que le groupe soit arrivé
aux bords de l’implosion, que l’odeur d’une mort prochaine flotte dans l’air
pour qu’il soit poussé dans ses derniers retranchements et se transcende. Car
il règne en ce début d’année 1991 une atmosphère détestable au sein des Pixies,
résultat de longs mois de pourrissement relationnel entre Frank Black et Kim
Deal. Les soirées de biture, les défections, les retards de dernière minute et
le succès d’estime du premier album des Breeders de la cool bassiste tapent
depuis de longs mois sur les nerfs du guitariste en chef, dont le
professionnalisme quasi calviniste s’accorde peu avec ses fréquents écarts de
conduite. Depuis longtemps, Black ourdit une éviction dans les règles de l’art,
c'est-à-dire brutale et unilatérale, de cet élément perturbateur, convoquant
une réunion en loucedé avec Lovering et Santiago pour poser les termes du
renvoi. Mais Deal a vent de l’entourloupe et fait capoter l’affaire.



Qu’est-ce qui peut bien pousser
deux personnes qui n’ont manifestement plus envie de jouer ensemble de
commettre un nouvel album ? Les maisons de disque, of course. Déçus par le
manque à gagner causé par la tournée avortée de Bossanova, Ivo Watts Russell et
Ken Goes pressent bien vite leur opulente vache à lait de pondre une nouvelle
série de titres. L’Amérique la boude, mais l’Europe, et en particulier la
France, lui ouvre ses zéniths. L’inspiration de Charles Kittridge est à sec,
mais, bien décidé à ne pas laisser la moindre place à sa bassiste honnie, prend
à cœur son rôle de songwriter en chef avec une impotence dictatoriale. Meurtri
dans son orgueil par le bon accueil des Breeders qui pouvait laisser penser
qu’il pouvait peut-être se passer quelque chose d’autre en dehors des Pixies,
il retrouve une nouvelle fois les studios de Gil Norton dans les mêmes
conditions que pour le disque précédent, avec dans les poches une poignée de
titres se réduisant à une suite de trois accords et pas le moindre texte. Ivre
de sa propre importance, Black annonce enregistrer un double album. Des rumeurs
fusent alors et parlent d’un disque à tendance heavy metal, ce que tendraient à
confirmer les premiers titres envisagés (Zep, Zep II, Power Ballad). La vérité
est que Frank Black lui-même ignore quelle tournure vont prendre les bribes
d’accords qu’il pose sur piste, incapable de les structurer, bloquant sur les
textes, au point de faire sortir Norton de ses gonds, frustré de ces longues
séances improductives. Black confessera quelques années plus tard, l’air
pince-sans-rire : "Je disposais de pas mal de musique et je n’avais pas
encore fais les paroles, alors ça m’a rendu nerveux de voir l’ingénieur et le
producteur tourner autour de moi. C’était au point où je ne pouvais même pas
aller aux toilettes, tout le monde me regardait !"



Epié dans ses moindres
mouvements, le leader maximo fait le dos rond, pose ses riffs, griffonne
quelques indications lapidaires puis regagne ses pénates. A charge aux autres
membres de venir ensuite greffer leurs parties respectives. Jamais la bassiste
et le chanteur ne se croiseront une seule fois pendant cet enregistrement. Deal
relate cette période de gestation avec une indifférence effarée :
"D’habitude il arrivait avec des idées plus précises, comme s’il y avait
toujours eu une évidence. Mais sur Bossanova et cet album aussi, c’était plutôt
du style : "Voilà la chanson", et il jouait deux-trois accords."
Trompe le Monde est donc le double blanc des Pixies, ou plutôt leur simple noir,
puisque l’idée du double album est progressivement évacuée. Il offre le
spectacle d’un groupe complètement désintégré, uniquement unifié dans le
creuset du mix final qui se chargera d’emboîter les prises respectives de
musiciens poursuivant leur propre direction de manière autarcique, un ensemble
de trajectoires erratiques qui rejoignent pourtant le même point final. C’est à
ce titre que ce quatrième opus est en même temps leur Abbey Road, une
photographie des Pixies à leur apogée, un témoignage livré à la postérité. Et de
cette non-communication tacitement acceptée par chacun se dégage finalement une
espèce de sérénité lasse. Un nouvel et ultime album des Pixies était sans doute
à ce prix. On perd l’émulation instinctive des séances collectives mais le
squelette fragile que laisse Black à ses condisciples permet à chacun
d'explorer posément, calmement, son propre territoire. Deal excelle à nouveau
avec un jeu minimaliste aux bords de l’autisme, Lovering reconquiert sa frappe
puissante sous-exploitée sur Bossanova, et Santiago livre une fois encore ses
fulgurances guitaristiques, ses riffs de mirliton flirtant parfois avec le
génie pur, ses motifs mutants qu’il tricote frénétiquement aux quatre coins de
l’espace sonique.



Durant ces longs mois de sessions
hachées, Gil Norton a tout le loisir d’expérimenter, multipliant les ébauches
et les placements de micro. Qu’on se le dise : il est plus que temps d’arrêter
de se pâmer devant le travail de Steve Albini entrepris sur les premiers
enregistrements du groupe, ses prises de son éclair, faire jouer Franck Black
avec des lames de rasoir en guise de médiator. Les albums bouclés en 15 jours,
c’est certes sympathique pour révéler le potentiel d’un groupe de garage, c’est
insuffisant pour exploiter le son Pixies. Qui réclame la nuance, le sens des
détails, la minutie. Conscient qu’il met à bas un opus terminal, Norton
confectionne la production du disque de façon somptuaire. Comme les embaumeurs
de l’Egypte antique, il bâtit un sarcophage à la gloire de ses protégés,
enfermant encens, or, myrrhe et pierres précieuses pour accompagner la
dépouille d’un groupe en voie de momification vers l’immortalité. Vu qu’il
n’est à l’heure actuelle pas possible d’écouter les versions remasterisées des
albums, à moins de s’offrir le très onéreux coffret Minotaure, le meilleur
moyen d’en apprécier pleinement l’amplitude reste encore d’écouter le disque en
version vinyle et au casque.



Et là on comprend. Très compact
au premier abord, Trompe le Monde se déploie majestueusement dans la durée. On
se rend progressivement compte que le disque est bâti sur une construction très
fine de l’espace sonore. Norton y reconduit la démarche entérinée dès Doolittle
: suremploi de la reverb, sécheresse de la batterie, allers-retours permanents
des guitares des premiers aux seconds plans… Mais il pousse les murs,
désintègre les parois, filtre les claviers et les cordes électrifiées dans
l’écho, utilisant le partage entre les deux baffles comme d’une espèce de
flipper cosmique dans lequel les musiciens ne cessent de se renvoyer la balle.
Aussi n’est-il pas rare que certains riffs ne traversent le spectre sonore que
l’espace d’une poignée de secondes. Trompe le Monde dispose ainsi d’un son dopé
aux effets spéciaux stéréoscopiques, beaucoup plus ample et puissant que celui,
plus aride, de Doolittle (on peut toutefois préférer ce dernier pour ces mêmes
raisons). Le titre liminaire fait d’emblée la démonstration de cette science
sonore. Si on a, à raison, beaucoup glosé sur l’excellence d’une composition
comme "Debaser" en guise de mise en bouche, "Trompe le
Monde" relance la compétition au titre de meilleur morceau introductif
jamais composé par les Pixies. Alors que Lovering lance un galop désespéré,
Black entonne un chant élégiaque soutenu par la guitare tournoyante de Santiago
évoquant une chute en apesanteur dans un vortex intersidéral. Ces trois
mouvements en apparence dissemblables (la puissance / l’abandon /le sentiment
voluptueux de lévitation) cohabitent dans un même temps et un même espace et,
aussi hétérogènes soient-ils, créent au final un ensemble harmonieux.
Apparemment contradictoires, basse, batterie, chant et guitares se répondent et
forgent une expérience inédite.  



Trompe le Monde est ainsi un
condensé de la discographie des Pixies : il prolonge, à la fois dans la forme
et sur le plan des textes, les obsessions ufologiques développées par
Bossanova, mais renoue avec l’agressivité primale des débuts. Le punk a nouveau
droit de cité, même s’il se voit contrarié par la mélancolie ("The Sad
Punk"). De même persiste ce goût pour les ballades étranges pour
lesquelles Norton nimbe la voix de Black d’un écho spectral ("Palace of
The Brine", "Letter To Memphis", "Motorway To
Roswell"). A cette base renouvelée, le groupe mêle un ingrédient nouveau :
le heavy metal, qui tente une incursion aussi querelleuse que destructurée sur
"Planet Of Sound" ou "U-Mass". Avec cette somme, les Pixies
portent à un point d’excellence leur vision du rock qu’on pourrait taxer de
cubiste. Comme son modèle pictural, le rock cubiste expose sans les masquer les
éléments hétérogènes qui le constituent, il se présente comme une forme
perpétuellement inachevée, un amas composite, un agencement sans cesse à
(re)construire. C’est cette capacité, sans cesse vantée chez les Pixies,
d’agréger plusieurs idées de chansons dans une seule de moins de trois minutes,
qui ravit à nouveau ici. Chaque titre n’obéit pas à cette loi. On décèle par
exemple quelques morceaux beaucoup plus linéaires comme le cacochyme
"Sabbacultcha" ou l’anecdotique "Distance Equals Rate Times
Time", morceaux qui, comme par hasard, datent de 1987. Mais pour
l’essentiel, c’est bien cet art singulier qui forme le sous-bassement du génie
des Pixies, celui de concevoir des chansons à tiroir, s’imbriquant, se
distribuant, se répondant en gigognes.



Trompe le Monde accumule ainsi
les petits vertiges délicieux, au premier rang desquels vient "Alec
Eiffel", prototype même de la maestria pixienne, mélange monstrueux et
contre-nature de médiocrité prosaïque (ici, comme souvent chez Frank Black, un texte
abscons à la gloire du concepteur de la célèbre tour parisienne) et de
perfection mélodique presque arbitraire, tant elle parait non recherchée. Qui
aurait cru à la première écoute, que ce punk abrasif s’engouffrant dans les
speakers dès l’entame puisse déboucher, une minute trente plus tard, vers un
véritable moment d’extase provoqué par le surgissement jouissif d’une envolée
de chœurs fantomatiques couplés à des cataractes de claviers cristallins ?
Voilà sans doute l’une des intuitions lumineuses de cet opus : s’être adjoint
les services d’Eric Drew Feldman, clavier de Pere Ubu et de Captain Beefheart,
pour conférer à ce pop-punk analphabète constamment zébré de fulgurances
assassines une aura rétro-futuriste crépusculaire, comme si la petite troupe de
Boston entamait un voyage spatial sans retour dans un vaisseau déglingué aux
bords de la désintégration. Ce rock mutant, polymorphe, susceptible de changer
brutalement de cap à tout moment, viole strictement tous les genres abordés :
le binaire assourdissant de "The Sad Punk" sur lequel Black s’élime
les cordes vocales s’englue ensuite dans un faux rythme plombé sans perdre de
sa violence, le proto-shoegaze noisy de Jesus And Mary Chain dont le "Head
On" est trépané par des guitares stridentes, ou encore ce "Motorway
To Roswell" dans lequel Frank le Noir parvient à émouvoir à partir d’une
histoire stupide d’enlèvement extra-terrestre. Trompe le Monde est ainsi
parsemé de ces petits moments de bravoure qui gravitent, épars, comme de petits
satellites autonomes.



Pour autant, le réel talent des
Pixies ne réside pas uniquement dans le caractère hétérogène de son rock, mais
également dans la façon dont il soude les éléments divers qui le composent. On
peut diviser le groupe en deux forces antagonistes : les éléments moteurs et
les contrepoints. On retrouve dans cette première catégorie Frank Black, qui
véhicule la mélodie et le motif principal, David Lovering présidant à la
rythmique, s’employant à conserver le nerf du morceau. Kim Deal fait tampon
face au guitariste-chanteur : les croches girondes de sa basse atténuent la
stridence des power-chords de son rival, ses chœurs forment un écho sédatif à
ses braiements psychotiques ("Sabbacultcha", "Palace of the
Brine"). Joey Santiago, quant à lui, brille dans sa fonction suprême :
s’engouffrer dans les jointures, faire son lit dans les replis, butiner dans
les interstices. Son talent ne se limite pas aux sempiternels solos
habituellement dévolus à la guitare lead (même s’il s’acquitte parfaitement de
ce genre d’exercice) mais donne sa pleine mesure dans l'art de la fulgurance,
lors de passages éclairs où il fait une violente incursion dans le spectre
sonore pour amorcer les changements de tonalité, une poignées de secondes où il
imprime véritablement sa griffe dans l’imaginaire de l’auditeur : les échappées
priapiques accompagnant la fin des couplets sur "Alec Eiffel", les
brusques mouvements de décélérations sur "Letter to Memphis", les
saillies criblant le plombé "U-Mass"… Si les travaux antérieurs du
combo ont durablement marqué les esprits, de Placebo à Weezer en passant par
les Smashing Pumpkins, on comprend dès lors que Trompe le Monde, avec ses
accointances heavy (dans des bornes somme toutes pixienne), ait traumatisé
toute la génération metal/hardcore à venir. Il démontre que la maitrise
technique n’est pas obligatoire quand il s’agit d’administrer des salves de
riffs virils, qu’on peut faire du heavy metal sans emprunter la voie
monumentale et classique d’un Metallica, que l’excentricité n'est pas un mot
tabou. C’est à cette source d’insolence et d’anti-conformité qu’ira s’abreuver
Dave Grohl pour le deuxième album des Foo Fighters, quand il s’agira pour lui
de densifier sa power-pop sans perdre le public de vue. Cette descendance
partielle continue encore aujourd’hui dans le petit monde des musiques lourdes,
de Queens Of The Stone Age à Mastodon .



Mais pour l’heure, il est déjà
trop tard pour les Pixies, bousculés vers la sortie par le succès tellurique de
Nevermind qui les écrasera alors qu’il était censé les élever au rang de
précurseurs. Après avoir tourné une bonne partie de l’année 1992, notamment en
première partie de U2, le groupe entre en hiatus dans la rancœur et la haine
froide, prétextant publiquement une année sabbatique. Frank Black tire définitivement
un trait sur l’affaire par le biais d’un fax et d’une déclaration laconique au
micro de la BBC le 13 janvier 1993. C’est la fin d’une belle et fulgurante
trajectoire semblable à celle des Doors, Stooges ou Velvet Underground,
résumable dans ce crédo : faire beaucoup dans un minimum de temps. Le génie de
Pixies restera pourtant orphelin. De même que ni Lennon, ni McCartney, ni
Harrison n’approchèrent durant toute leur carrière solo l’excellence des
Beatles, aucun des membres du quartet ne reprendra le flambeau originel.
Santiago et Lovering sombrent dans l’anonymat, Black commet une longue série
d’albums en solitaire qu’on qualifiera gentiment de sympathiques (même s’il
semble avoir retrouvé une certaine forme depuis quelques années) et qui ne
devront leur médiatisation que parce qu’ils sont le fruit de l’auteur de
"Wave of Mutilation" et de "Caribou". C’est finalement Kim
Deal et ses Breeders qui s’en sortent le mieux avec leur Last Splash qui fera
une belle percée suite au succès surprise du single "Cannonball".
Mais il manque à l’hédoniste bassiste le brin de folie et de rigueur de son
ancien comparse-tyran pour tirer constamment cette fainéante notoire vers le
haut. On peut toutefois accorder aux Pixies le crédit d’avoir eu suffisamment
de bon goût et de lucidité pour n’avoir, à l’aune d’une reformation scénique
très lucrative entamée depuis 2004, pas poussé le vice jusqu’à donner une
suite, forcément décevante, à ce disque en forme de point final, signant leur
apogée aussi malheureuse que magnifique.



Forces Parallèles



Il faut se rendre à l'évidence,
les PIXIES n'auront sorti aucun album vraiment en-dessous du lot durant leurs
cinq années d'existence (mettons de côté leur reformation depuis 2004). Tout au
plus le premier EP Come on Pilgrim était-il encore hésitant mais ensuite c'est
un vrai festival. Surfer Rosa, Doolittle, Bossanova, trois grands favoris de la
critique et des musiciens. Ils n'avaient cependant pas encore tout dit malgré
l'instabilité de plus en plus évidente du groupe. En 1991, quelques mois avant
leur séparation, ils ont encore sorti un quatrième album, de nouveau fort
intéressant, l'abrasif Trompe le monde.



Après la relative douceur de
Bossanova, Black Francis s'est peut-être demandé ce qu'il allait bien pouvoir
faire cette fois... il est donc revenu à un son plus brutal, presque aussi
speedé que Surfer Rosa et tout aussi bruyant. Ce qu'il manque par rapport à
leur chef-d’œuvre est sans doute le délire, les éléments latino... Trompe le
monde est avant tout leur album le plus punk, il regorge de rythmes réguliers
et de chant simple, développant tout de même les thèmes surréalistes et
science-fiction qu'affectionnait Francis.



Si les guitares sont fort
présentes, on sent tout de même que Kim Deal est en retrait, ses chœurs étant
très discrets. C'est vraiment la voix de Francis qui domine l'ensemble, c'est
une évidence. Ceux qui prétendent que ce disque est le début de sa carrière
solo plus qu'un disque des PIXIES exagèrent tout de même un peu... Francis a
toujours presque tout composé, mais aucun des musiciens dont il s'est entouré
ensuite n'ont pu recréer l'énergie débridée du groupe. De plus, c'est bel et
bien ici que son inspiration a commencé à se tarir... plusieurs plages sont un
peu convenues, d'autres tiennent avant tout par l'énergie de leur
orchestration. La composition est encore fort crédible mais plus aussi
originale, ce que confirmera le premier album publié sous le nom Frank BLACK.



Les critiques sont assez variées
au sujet de ce disque. En général un rien moins positives que pour les trois
autres albums, certains ont tout de même parlé d'un des meilleurs albums de
rock... de nouveau, il ne faut rien exagérer, tout comme Doolittle, Trompe le
monde n'est pas parfait, ici ce sont surtout les deux dernières plages qui
posent problème... quel est l'intérêt de faire tourner en rond «Motorway to
Roswell » pendant plus de quatre minutes ? Si on s'était arrêté à «Lovely day»,
le disque aurait pu mériter ses cinq étoiles mais les sept dernières minutes
sur trente-huit sont clairement en retrait. Dans le corps de l'album, «Bird
Dream of the Olympus Mons», une rêverie martienne, n'atteint pas le niveau de
Bossanova et «U-Mass» est un punk un peu psyché pas de la plus grande finesse.



Le reste est assez formidable,
même si cela n'apparaît pas forcément à la première écoute. Le premier triplet
«Trompe le Monde», «Planet of Sound», «Alef Eiffel» est particulièrement
redoutable. «The Sad Punk» porte bien son nom, même si elle présente une
structure curieuse, d'abord dure et rapide puis plus cool dans sa deuxième
moitié. «Head on» est une reprise de THE JESUS AND MARY CHAIN, autre groupe
alternatif de la fin des années 80. «Space (I believe in)» lorgne un peu sur le
metal, elle groove pas mal. «Subbacultcha» est aussi divertissante que son
titre l'indique, tandis que «Lovely day» se danserait bien.



Trompe le Monde est le moins bon
album sorti par les PIXIES entre 88 et 91, mais il doit quand même être
considéré comme excellent, c'est dire leur niveau. Et pourtant, on peut
continuer de se demander ce qui les rendait aussi bons. Oui, leur musique était
stupide par certains aspects, elle était aussi sauvage et insolente, tout
simplement vivante. Leur influence sur le rock des années 90, y compris la
britpop, est étonnante. Il est curieux qu'ils se soient dissous alors que la
fièvre du grunge commençait à peine mais c'est aussi cela qui les a rendus
mythiques... Tous leurs disques sont importants, tous doivent être connus des
amateurs d'alternatif, c'est une évidence. Trompe le Monde n'est sans doute pas
le meilleur choix pour commencer la découverte, car il est rugueux et écrasant,
il ne donne pas forcément la meilleure première impression, mais tôt ou tard,
il faut penser à y venir, sans hésiter à l'écouter plusieurs fois pour vraiment
entrer dans son ambiance sombre.



Rock Fever



Sorti en 1991, Trompe Le Monde
est le quatrième album (cinquième si on compte le EP Come On Pilgrim depuis
commercialisé sur le même disque que le premier LP, Surfer Rosa) des Pixies. Et
c'est aussi leur dernier à ce jour (en album studio). Le groupe, produit ici
par Gil Norton (déjà producteur du précédent opus, le remarquable Bossanova de
1990), n'a pas changé : Frank Black, Kim Deal, Joey Santiago et Dave Lovering.
Le groupe, qui se séparera deux ans plus tard dans des conditions houleuses,
était déjà en tension assez importante au moment de faire ce disque. En fait,
ça a quasiment toujours été difficile, depuis Doolittle (1989) au moins, au
sein de ce groupe culte en Europe mais n'ayant jamais réussi à s'imposer dans
leur propre pays, les USA. Il faut dire qu'en 1991, année de sortie de ce
quatrième album alignant 15 titres pour un peu moins de 40 minutes (les albums
des Farfadets ont toujours eu beaucoup de chansons pour peu de timing), on en
avaitp lus pour Alice In Chains, Nirvana, Pearl Jam ou même Guns'n'Roses et
Metallica, Primal Scream et R.E.M. aussi, que pour les Pixies et leur rock
alternatif très bizarre. Dommage.



Trompe Le Monde (titre français
qui est sans doute en allusion à l'expression 'trompe-l'oei'l, comme la
pochette le prouve) n'est pas le sommet des Pixies - c'est indéniablement
Doolittle - mais il offre, il faut bien le dire, un nombre remarquable de
chansons qui le sont tout autant - remarquables. Comme la chanson-titre, Planet
Of Sound ou Alec Eiffel, qui sont d'ailleurs les trois premiers titres. Ou comme Distance Equals Rate Times
Time, Motorway To Roswell, Subbacultcha, U-Mass, Bird Dream Of The Olympus
Mons, Palace Of The Brine, The Sad Punk...
Soit 10 titres sur 15 ! Les 5
autres ne sont pas mauvais du tout, en plus, ce qui fait vraiment de ce
quatrième et ultime opus des Pixies un classique du groupe ; même si je le
classe, personnellement, dernier, derrière les trois autres, car, il faut aussi
le dire, tout en étant remarquable, Trompe Le Monde ne l'est pas autant que
Bossanova, Surfer Rosa et surtout Doolittle.



Néanmoins, si vous aimez les
Farfadets (je le rappelle, c'est la traduction de 'pixies'), alors vous devriez
sans hésitation écouter ce disque court mais très réussi qui achève très bien
leur discographie, une discographie aussi courte que parfaite, une des plus
parfaites que je connaisse car aucun rejet à y faire, rien, que du bon et du
durable. Trompe Le Monde n'a cependant pas trompé son monde, l'album, à sa
sortie, sans être un four, ne sera pas un gros succès. C'est cependant sur la
durée que ce disque, et les Pixies en général, est/sont devenu(s) culte(s).
Bref, un disque franchement excellent à découvrir !



TRACKLINSTING 

1Trompe Le Monde1:48
2Planet Of Sound2:06
3Alec Eiffel2:50
4The Sad Punk3:00
5Head On
Songwriter – Jim ReidWilliam Reid
2:14
6U-Mass3:01
7Palace Of The Brine1:34
8Letter To Memphis2:40
9Bird Dream Of The Olympus Mons2:48
10Space (I Believe In)4:19
11Subbacultcha2:10
12Distance Equals Rate Times Time1:20
13Lovely Day2:10
14Motorway To Roswell4:44
15The Navajo Know2:24

Sociétés, etc.

Crédits

Notes

Recorded at Master Control (Burbank), Pacifique (Burbank), Studio Des Dames (Paris), Blackwing (London). Mixed at Master Rock, London. 

Includes a 16 page booklet with credits and lyric

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