David
Bowie - Lodger - 1979
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ARTISTE
David Bowie,
nom de scène de David Robert Jones, né le 8 janvier 1947 à Londres dans le
quartier de Brixton (Royaume-Uni) et mort le 10 janvier 2016 à New York dans le
quartier de Manhattan (États-Unis), est un musicien, chanteur,
auteur-compositeur-interprète, producteur de disques, peintre et acteur
britannique.
Après des
débuts entre folk et variété dans la seconde moitié des années 1960, et un
détour par le mime, il se fait connaître du public, en 1969, lorsque son titre
Space Oddity entre dans le top five des meilleures ventes au Royaume-Uni. Mais
c'est trois ans plus tard, en 1972, que Bowie devient réellement une vedette
par l'intermédiaire de son alter ego décadent, Ziggy Stardust. Il s'impose alors,
appuyé par le guitariste Mick Ronson, avec un glam rock sophistiqué et
apocalyptique et des spectacles flamboyants. À cette époque, il produit et
collabore aux carrières en solo de Lou Reed et d'Iggy Pop.
Pendant le
reste de la décennie, il s'intéresse aux musiques noires (R'n'B, soul et funk)
puis à la musique électronique émergente, créant des mélanges nouveaux
notamment avec la complicité du producteur et musicien Brian Eno, pour ce qu'on
appellera la « trilogie berlinoise », Low, "Heroes" et Lodger, considérée
comme un de ses sommets artistiques. Dans les années 1980, il connaît, avec la
sortie de Let's Dance, le plus grand succès commercial de sa carrière (1983),
devenant une vedette mondiale grand public et remplissant les stades avec une
musique orientée vers la pop. Cependant, il finit la décennie avec un
revirement complet, en s'associant au groupe de garage rock, Tin Machine. Dans
les années 1990, il retourne à un style plus expérimental intégrant les
influences de musiques contemporaines telle la techno et le drum and bass.
Absent de la scène musicale à partir de 2004, Bowie ne fait plus de tournées
depuis le Reality Tour entre 2003 et 2004, et sa dernière prestation sur scène
remonte à 2006. Il sort cependant un album en 2013, The Next Day, et son
dernier album studio, Blackstar, sort le 8 janvier 2016, deux jours avant sa
mort.
Durant plus de
cinq décennies d'une carrière marquée par des changements fréquents de style,
une réinvention permanente de son personnage et de ses approches musicales, il
s'est imposé comme un des artistes musicaux les plus originaux, les plus
importants et novateurs de la musique pop et rock, au point que de très
nombreux artistes se sont réclamés de son influence. Il a vendu plus de 140
millions d'albums dans le monde. Il est intronisé au Rock and Roll Hall of Fame
en 19965. En 2004, le journal Rolling Stone le place en 39e place de son Top
100 des « Meilleurs artistes de tous les temps », et 23e de sa liste des «
Meilleurs Chanteurs de tous les temps ».
Il a également
mené en parallèle une carrière cinématographique. Son fils Duncan Jones est
réalisateur de films.
L’ALBUM
Forces
Parallèles
Lodger est un
album particulier. Il s’agit tout d’abord du dernier de la trilogie berlinoise
et marque ensuite la fin de la géniale collaboration de David Bowie avec Brian
Eno. On peut d’ores et déjà l’affirmer : Lodger reste profondément marqué par
l’expérimentation tout en se démarquant de ses prédécesseurs. Oui, Low et
Heroes proposent des expérimentations froides et dépressives (« Warszawa », «
Sense Of A Doubt ») tandis que Lodger se veut plus délirant. Les clips vidéo
issus de ces trois albums illustrent parfaitement ce propos ; en effet, ceux
tirés de Low et Heroes (« Be My Wife », « Heroes ») sont minimalistes et
montrent un David Bowie distant et sérieux alors que ceux issus de Lodger sont
bien plus avenants : on y retrouve le Thin White Duke à nouveau travesti sur
l’hilarant clip de « Boys Keep Swinging » ou encore provocateur sur « DJ » où
il se complaît au beau milieu d’une foule qui n’a d’yeux que pour lui !
Lodger est un
album déjanté. David Bowie ne semble s’accorder aucune limite et se frotte à la
world music avec une aisance remarquable, en bon locataire du monde (lodger)
qu’il est devenu. C’est ainsi qu’il nous propose des titres comme « Yassassin »
(à la rythmique reggae et à la mélodie arabisante) et « African Night Flight »
(où sa diction est tout simplement tonitruante). Génial Bowie, qui nous invite
à un tour du monde complètement baroque dans une première partie d’album
contenant des morceaux aussi différents qu’enthousiasmants. « Fantastic Voyage
» est une ballade émouvante alors que « Move On » et « Red Sails » sont deux
morceaux de pop music dérangée et énergique, où le jeu de guitare de Carlos
Alomar, abrasif au premier abord, se révèle particulièrement inventif et
efficace.
Lodger est un
album génial. Abrupt peut-être. Il faut en tout cas prendre le temps de se
familiariser avec lui. D’ailleurs, quelques titres sont d’emblée plus
accessibles. Je pense à « DJ », « Boys Keep Swinging » et « Look Back In Anger
», invariablement présents au sein des innombrables compilations disponibles
sur le marché. Ce sont trois titres ahurissants de maîtrise et de panache, où
David Bowie s’impose en crooner. Ce sont les morceaux les plus connus du
disque, ceux qui constituent un bon prélude à son écoute globale, qui nous
dévoile en conclusion « Repetition » (moins décomplexé) et « Red Money », qui
reprend la musique de « Sister Midnight », chanson présente sur The Idiot
d’Iggy Pop. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’un manque d’inspiration mais
d’une petite baisse de régime, non préjudiciable à l’ensemble de cet opus, qui
ne contient pas un seul instrumental, contrairement à ses prédécesseurs.
Lodger est un
album indispensable. Le dernier d’un triptyque avant-gardiste et important. Le
plus méconnu, le plus extravagant, le plus jouissif. 5/5 : un point c’est tout
!
Rock Fever
Après le très
expérimental Low et le très cold-wave "Heroes", Bowie mettra un an et
demi/deux ans avant de finir sa trilogie berlinoise. Entre temps, en 1978, il
sort un double live anthologique (Stage) offrant notamment le meilleur des deux
premiers opus de la trilogie (version à tomber de Warszawa, Breaking Glass,
Blackout, "Heroes" et What In The World). Un an après, il enregistre,
aux studios Mountain de Montreux (Suisse), le dernier maillon, Lodger. Toujours
aidé de Brian Eno (qui collabore plus que jamais, il est encore plus présent
aux crédits que sur les deux autres volets), Bowie livre ici un disque très
court (10 titres pour seulement 35 minutes) et très différent des deux
précédents. Lodger ('locataire') est un disque en effet très influencé par la
world-music et la pop/rock arty des Talking Heads (qu'Eno a produits). Encore
une fois coproduit par Bowie et Tony Visconti, Lodger a été enregistré avec
quasiment la même équipe : George Murray (basse), Carlos Alomar (guitare),
Dennis Davis (batterie), Eno (claviers, effets sonores), et Bowie tient le piano,
synthétiseur, chamberlain, guitare. On a aussi la participation d'Adrian Belew
(guitare, mandoline, qui participera à un disque des Talking Heads et fera
partie de King Crimson dès 1981), Sean Mayes (piano), Simon House (mandoline,
violon), Roger Powell (synthétiseur) et Tony Visconti (mandoline, guitare,
choeurs). Et Stan au saxophone.
Lodger est un
disque très étrange. Difficile à aimer, aussi. Je dois dire que la première
fois que j'ai écouté l'album, je l'ai viscéralement détesté, à l'exception de
quatre chansons, et sur ces quatre chansons, il y en à deux que je connaissais
déjà avant (Look Back In Anger, Boys Keep Swinging). Les deux autres sont D.J.
et Fantastic Voyage. Les deux premières citées sont deux classiques, présents
sur les bestofs, sortis en singles, des clips ont été faits. Ce sont deux
chansons immenses (surtout la première, qui parle d'un ange tombé sur Terre). A
noter que Boys Keep Swinging, dont le clip montre plusieurs Bowies travestis en
plusieurs femmes de différents âges, a été enregistrée avec les musiciens ayant
échangé leurs instruments (du style Alomar à la batterie...), ce qui peut
expliquer le rire entendu au tout début du morceau ! D.J. (il y aura aussi un
single et un clip) est la chanson dansante de l'album, une chanson avec
l'étoffe d'un tube mondial. Fantastic Voyage, elle, est éthérée, planante, et
hélas trop courte (3 minutes, même pas en fait), et c'est probablement le
sommet de l'album. Les nappes de claviers sont inoubliables. Le reste de
l'album est moins évident. Lodger est en fait à l'image de sa pochette :
bizarre. Parlons un peu de cette pochette : elle est à la fois drôle et
malsaine. On y voit Bowie, un peu désarticulé, allongé sur une table
d'autopsie, en costard, le nez tordu, le regard allumé, les pieds et mains dans
tous les sens sauf le bon, un bandage à la main, chemise sortie du fute... Une
photo de l'intérieur de pochette montre Bowie en train de se faire préparer
pour la photo !
A l'intérieur,
on voit plusieurs photos sans lien entre elles : un bébé ; une reproduction
d'un tableau religieux montrant le Christ mort, allongé, et pleuré par ses
proches ; la fameuse photo de la préparation de la pochette de Lodger dont j'ai
parlé plus haut ; une fameuse photo représentant le cadavre du Che Guevara ; des
montres ; un cadavre recouvert d'un drap à la morgue. Le tout sur fond d'une
photo en gros plan d'un lavabo fuyant violemment. Si on excepte le tableau, la
photo du cadavre anonyme et celle du cadavre du Che (allusions à la mort, comme
la pochette montrant Bowie sur une table d'autopsie), les photos n'ont pas trop
de lien entre elles et renforcent le côté hermétique, bizarre, de ce disque.
Musicalement, Bowie et Eno s'autorisent un retour sur Terre après deux albums
très ambient. Lodger est influencé par la world, notamment pour Yassassin
(morceau que je n'arrive pas à apprécier, je le déteste sincèrement), African
Night Flight et Move On, deux chansons franchement remarquables, mais que j'ai
mis du temps à aimer. A côté, Red Sails (avec la guitare magique de Belew) et
Red Money (cette dernière est tout simplement un remake avec de nouvelles
paroles du Sister Midnight d'Iggy Pop) sont très rock. Tout comme Look Back In Anger (ce riff !) et
Boys Keep Swinging. Repetition est une déception, un morceau répétitif
(vu son titre, ça tombe bien) qui parle d'un homme rentrant du boulot, éreinté,
et engueulant, et même frappant sa femme parce que le dîner est froid... Bowie
a fait mieux, bien mieux, sur l'album comme en général.
J'ai donc mis
du temps à aimer cet album de 1979. Et je ne suis pas le seul : Lodger, parfois
mal accueilli à sa sortie, est un disque comptant parmi les albums sous-estimés
de Bowie. Il est difficile d'accès, très décevant à la première écoute, il faut
s'accrocher pour parvenir à vraiment l'apprécier... Il est étrange, étonnant,
on se demande parfois où Bowie et Eno voulaient en venir, et parfois, il est
aussi trop accessible, comme sur les trois premiers titres de la face B. Dans
l'ensemble, c'est le moins fort de la trilogie berlinoise, ou trilogie Eno,
mais il est tout de même franchement excellentissime, une fois qu'on a réussi à
l'apprivoiser. Un très bon cru méconnu, donc. Un disque à part pour Bowie, qui
passera, dès 1980 (album suivant), à un son carrément pop/rock, avec son sommet
Scary Monsters (& Super Creeps) !
XSilence
Troisième
volet de la trilogie berlinoise, Lodger est sans dout le moins connu et le plus
sous-estimé. Il a contre lui de ne pas avoir été le premier album de sa
collaboration avec Brian Eno (l'énorme surprise qu'avait été Low), et n'a pas
non plus comme sur Heroes une chanson qui reste des années après un mythe !
Il précède
aussi Scary Monster (And Super Creep) chef-d’œuvre absolu de Bowie.
Cet album
Lodger fait parfois songer à du Talking Heads et c'est là que l'on se dit :
"mais non ! Ce sont les Talking Heads qui ont dû écouter énormément David
Bowie".
En fait cet album
recèle des petits bijoux qu'il faut prendre le temps de découvrir.
"Fantastic
Voyage" commence l'album par une ballade sophistiquée et très belle qui
aurait pu tout autant clôturer cet album.
"African
Night Flight" qui suit est une chanson déstructurée et en fait tellement
travaillée qu'elle reste magique 25 ans après.
"Move
On" revient à un style plus classique dans le style Bowie (et que Bowie
chante bien sur cette chanson !)
"Yassassin"
réaborde le type "world music" qui inspira tant nos amis Talking
Heads et impressionne par ses sonorités arabisantes...
"Red
Sails" qui suit est extraordinaire (dommage que Bowie ne la chante plus
sur scène elle sonne très live avec sa guitare inventive, merci Carlos Alomar)
Puis Bowie se
prend pour un "DJ" et nous proclame presque en pleurant "qu'il
est, ce qu'il joue". Morrissey voulait pendre le DJ, Bowie voulait en
jouer (Bowie pendu par Morrissey cela aurait eu de la gueule ! non ?)
Arrive ma
préférée de l'album, et chanson dans le top de toutes les merveilles de Bowie :
"Look Back In Anger", magistrale ! Rien à rajouter (sa reprise faite
en 1988 en bonus CD n'est malheureusement qu'une très pâle copie de l'originale
! Fin des années 80 il était vraiment à la ramasse Bowie pour massacrer une
telle merveille).
"Boys
Keep Swinging" qui est la chanson "single" de l'album et que
l'on retrouve dans les compilations représente bien l'univers de l'époque de
Bowie (mais elle n'aura pas l'intensité de "Heroes") malgré une
ochestration exeptionelle.
La
construction de "Repetition" qui suit est assez originale et Bowie
aime nous surprendre et créer une attente...
"Red
Money" termine cet album et la trilogie berlinoise toujours dans ce style
décalé et riche que Berlin a dû inspirer à notre magicien.
Lodger est
vraiment impressionnant de maitrise... Une vraie réussite méconnue (mais pas la
plus accessible...) dans la carrière de Bowie.
Une production
de Tony Visconti ajoutée à une collaboration avec Brian Eno = "Un must to
have this Bowie".
TRACKLINSTING
| 1 | Fantastic Voyage | 2:54 |
| 2 | African Night Flight | 2:55 |
| 3 | Move On | 3:18 |
| 4 | Yassassin (Turkish For: Long Live) | 4:11 |
| 5 | Red Sails | 3:44 |
| 6 | D.J. | 4:00 |
| 7 | Look Back In Anger | 3:06 |
| 8 | Boys Keep Swinging | 3:18 |
| 9 | Repetition | 2:59 |
| 10 | Red Money | 4:18 |
Crédits
- Artwork, Layout – The Design League
- Bass – George Murray
- Coordinator [Project Co-ordinated By] – Kevin Cann, Nigel Reeve
- Design [Original Cover Design] – Derek Boshier
- Design [Re-package Designed By] – Kevin Cann
- Drone [Ambient], Piano, Piano [Prepared], Sounds [Cricket Menace], Trumpet [Horse Trumpet], French Horn [Eroica Horn], Synthesizer, Effects [Guitar Treatments] – Brian Eno
- Guitar – Carlos Alomar
- Guitar, Mandolin – Adrian Belew
- Mandolin, Guitar, Rhythm Guitar, Backing Vocals – Tony Visconti
- Percussion – Dennis Davis
- Photography By [Booklet Photos, Pages: 12(Top), 13 & Inside Back Tray] – Duffy*
- Photography By [Booklet Photos, Pages: 2] – Bruce Webber*
- Photography By [Original Cover] – Duffy*
- Piano – Sean Mayes
- Producer – David Bowie, Tony Visconti
- Remastered By [Digitally Remastered, With] – Nigel Reeve
- Remastered By [Digitally Remastered] – Peter Mew
- Saxophone – Stan*
- Synthesizer – Roger Powell
- Violin, Mandolin – Simon House
- Vocals, Piano, Synthesizer, Chamberlin [Chamberlain], Guitar – David Bowie
Notes
Recorded at Mountain Studios, Montreaux, Switzerland
Mixed at Record Plant Studios, New York City
Digitally remastered @ Abbey Road Studios, London, 1999.
Special thanks to Henry Wrenn-Meleck, Bill Zysblat and Christina Degaitis @ RZO Music, Inc., Eileen d'Arcy @ Isolar Enterprises, Inc., & Alan Edwards @ The Outside Organisation.
These original analogue masters have been digitally transferred at 24 bits resolution, processed using Sonic Solutions NoNoise technology and mastered to 16 bit for CD using Prism SNS Noise Shaping.
[Tracks 1, 2, 5, 7 & 8]
Publisher: North America - Tintoretto Music (BMI) administered by RZO Music, Inc., Screen Gems-EMI Music, Inc. (BMI) o/b/o EMI Music Publishing Ltd., Careers BMG Music Publishing (BMI).
Rest of World - Tintoretto Music/RZO Music Ltd., EMI Music Publishing Ltd., BMG Songs Ltd.
[Tracks 3, 4 & 9]
Publisher: North America - Tintoretto Music (BMI) administered by RZO Music, Inc., Screen Gems-EMI Music, Inc. (BMI) o/b/o EMI Music Publishing Ltd.
Rest of World - Tintoretto Music/RZO Music Ltd., EMI Music Publishing Ltd.
[Track 6]
Publisher: North America - Tintoretto Music (BMI) administered by RZO Music, Inc., 100 MPH Music (ASCAP) administered by ARZO Publishing, Screen Gems-EMI Music, Inc. (BMI) o/b/o EMI Music Publishing Ltd., Careers BMG Music Publishing (BMI).
Rest of World - Tintoretto Music/RZO Music Ltd., EMI Music Publishing Ltd., BMG Songs Ltd., 100 MPH Music/Warner Chappell.
Track 10
Publisher: North America - Tintoretto Music (BMI) administered by RZO Music, Inc., 100 MPH Music (ASCAP) administered by ARZO Publishing, Screen Gems-EMI Music, Inc. (BMI) o/b/o EMI Music Publishing Ltd.
Rest of World - Tintoretto Music/RZO Music Ltd., EMI Music Publishing Ltd., 100 MPH Music/Warner Chappell.
Lyrics reproduced by kind permission.
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