David
Bowie - Earthling - 1997
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ARTISTE
David Bowie,
nom de scène de David Robert Jones, né le 8 janvier 1947 à Londres dans le
quartier de Brixton (Royaume-Uni) et mort le 10 janvier 2016 à New York dans le
quartier de Manhattan (États-Unis), est un musicien, chanteur,
auteur-compositeur-interprète, producteur de disques, peintre et acteur
britannique.
Après des
débuts entre folk et variété dans la seconde moitié des années 1960, et un
détour par le mime, il se fait connaître du public, en 1969, lorsque son titre
Space Oddity entre dans le top five des meilleures ventes au Royaume-Uni. Mais
c'est trois ans plus tard, en 1972, que Bowie devient réellement une vedette
par l'intermédiaire de son alter ego décadent, Ziggy Stardust. Il s'impose
alors, appuyé par le guitariste Mick Ronson, avec un glam rock sophistiqué et
apocalyptique et des spectacles flamboyants. À cette époque, il produit et
collabore aux carrières en solo de Lou Reed et d'Iggy Pop.
Pendant le
reste de la décennie, il s'intéresse aux musiques noires (R'n'B, soul et funk)
puis à la musique électronique émergente, créant des mélanges nouveaux
notamment avec la complicité du producteur et musicien Brian Eno, pour ce qu'on
appellera la « trilogie berlinoise », Low, "Heroes" et Lodger,
considérée comme un de ses sommets artistiques. Dans les années 1980, il
connaît, avec la sortie de Let's Dance, le plus grand succès commercial de sa
carrière (1983), devenant une vedette mondiale grand public et remplissant les
stades avec une musique orientée vers la pop. Cependant, il finit la décennie
avec un revirement complet, en s'associant au groupe de garage rock, Tin
Machine. Dans les années 1990, il retourne à un style plus expérimental
intégrant les influences de musiques contemporaines telle la techno et le drum
and bass. Absent de la scène musicale à partir de 2004, Bowie ne fait plus de
tournées depuis le Reality Tour entre 2003 et 2004, et sa dernière prestation
sur scène remonte à 2006. Il sort cependant un album en 2013, The Next Day, et
son dernier album studio, Blackstar, sort le 8 janvier 2016, deux jours avant
sa mort.
Durant plus de
cinq décennies d'une carrière marquée par des changements fréquents de style,
une réinvention permanente de son personnage et de ses approches musicales, il
s'est imposé comme un des artistes musicaux les plus originaux, les plus
importants et novateurs de la musique pop et rock, au point que de très
nombreux artistes se sont réclamés de son influence. Il a vendu plus de 140
millions d'albums dans le monde. Il est intronisé au Rock and Roll Hall of Fame
en 19965. En 2004, le journal Rolling Stone le place en 39e place de son Top
100 des « Meilleurs artistes de tous les temps », et 23e de sa liste des «
Meilleurs Chanteurs de tous les temps ».
Il a également
mené en parallèle une carrière cinématographique. Son fils Duncan Jones est
réalisateur de films.
L’ALBUM
Forces
Parallèles
Sorti quelques
jours après le cinquantième anniversaire de son auteur, "Earthling"
marque le retour en grâce de David Bowie. Plus accessible que son prédécesseur,
il garde tout de même les caractéristiques du son techno indus (jungle
dirons-nous) qui ont redonné à Bowie de véritables lettres de noblesse.
Earthling est donc un très bon disque, sans temps mort notable et montrant un
Bowie en phase avec la réalité de son temps.
Certes, tous
les titres ne sont pas à loger à la même enseigne ; "Looking For
Satellites" et "Law" n'ont pas l'aura escomptée en étant trop
expérimentaux et nécessitant plusieurs écoutes attentives pour véritablement
saisir toute leur subtilité. Le niveau est meilleur sur "Battle For
Britain" et "Telling Lies", où la voix décidemment très pop de
Bowie se marie curieusement bien aux sonorités indus, fil conducteur
incontestable des compositions de Bowie de 1995 à 1997. On notera également que
le groupe qui accompagne Bowie est jeune et très professionnel, donnant à
l'ensemble un poids supplémentaire.
De surcroît,
quatre chefs d'œuvre jalonnent le disque. Tout d'abord, "Little
Wonder" qui ouvre l'album, est une merveille de vitalité et d'énergie, en
étant tantôt puissant, tantôt aérien. Ensuite, "Seven Years In Tibet"
est plus rock et louche vers le metal. Le refrain est taillé pour les stades
même si l'ensemble est assez sombre. On notera également que ce titre a été
adapté en mandarin avec un résultat surprenant et accrocheur. Rien que pour
Bowie chantant en mandarin, ce morceau vaut le détour. On continue avec
"Dead Man Walking" qui transcende littéralement son auditoire en
étant tout simplement surpuissant et chaotique dans tous les domaines. On est
totalement conquis et que dire de "I'm Afraid Of Americans",
véritable incarnation du retour en grâce de Bowie. Ce titre efficace et
provocateur est l'occasion de capter l'attention d'un public jeune d'autant que
la présence de Trent Reznor (du groupe Nine Inch Nails) en Américain
psychopathe au sein du clip ne passe pas inaperçue.
En résumé,
"Earthling" est presque une réussite totale même si quelques morceaux
sont difficiles à aborder. On retrouve un David Bowie avant-gardiste tout en
étant populaire et pour tout dire, cela manquait sur "Outside". Ce
disque donne à David Bowie une nouvelle jeunesse, puisqu'un nouveau public
commence à apprécier le Thin White Duke et l'ensemble de son répertoire. Il faut
dire que tous les groupes qui émergent dans les années 1990 le citent comme
référence. Objectivement, cela peut aider...
Rock Fever
Les années 90
démarrèrent difficilement pour David Bowie : le second album de son groupe Tin
Machine (Tin Machine II), en 1991, est médiocre, let le live du groupe (Oh Vey,
Baby) n'est pas extraordinaire. Puis, en 1993, Black Tie White Noise, produit
par Nile Rodgers, est un disque assez décevant, malgré quelques excellentes
chansons comme Miracle Goodnight et Jump They Say. La même année, Bowie écrit
et enregistre la bande-son d'un TVfilm britannique adapté d'un best-seller,
l'album, le film et le roman s'appellent The Buddha Of Suburbia. L'album est on
ne peut plus méconnu, et sans être grandiose, il est tout de même pas trop mal,
à découvrir, en tout cas (mais il reste un Bowie secondaire pour moi). En 1995,
Bowie retrouve Brian Eno et sort le long et boursouflé 1.Outside, que j'ai
récemment réabordé ici, un disque trop long (74 minutes, 19 morceaux), mais
renfermant quelques chansons absolument quintessentielles, Strangers When We
Meet (déjà présente sur The Buddha Of Suburbia dans une autre version), Hallo
Spaceboy, The Motel, I Have Not Been To Oxford Town... Un disque conceptuel
(l'histoire d'un détective privé enquêtant sur un meurtre sordide) aux forts
accents industriels à la Nine Inch Nails, d'ailleurs, le groupe de Trent Reznor
fera partie de la tournée 95/96 de Bowie. L'album est trop long, trop complexe.
Il devait être le point de départ d'une série d'albums sur le personnage de
Nathan Adler (le détective privé), mais finalement, restera unique. Bowie
cherche à se renouveler sans cesse, on le sait. En 1997, il sort un nouvel
album, lequel, bien plus sobre, en terme de durée, que 1.Outside (il n'atteint
pas, en effet, la cinquantaine de minutes, même s'il la frôle), est aujourd'hui
un de ses albums les moins bien estimés par les fans : Earthling.
Oui, c'est un
fait, Earthling, enregistré avec ses musiciens de l'époque (Reeves Gabrels à la
guitare, Zachary Alford à la batterie, Gail Ann Dorsey à la basse, Mike Garson
au piano, ce dernier a rejoint l'écurie Bowie en 1972, mais ne participera pas
aux albums de Bowie entre 1975 et 1995), est un disque sous-estimé. L'album ne
sera pas un bide commercial, mais avec le recul, les fans (pas tous, pas tous !
Je sais de source claire et limpide que Leslie Barsonsec, ami internaute et
chroniqueur occasionnel du blog, adore Earthling, et je suis comme lui) se sont
quelque peu désintéressés de lui. Pourtant, il y à du lourd, du très lourd, sur
ce disque. Earthling est produit par Bowie lui-même, je crois que c'est même
son premier album qu'il produit lui-même tout seul comme un grand (il avait,
auparavant, coproduit certains de ses albums). L'album sortira sous une très
belle pochette montrant un Bowie de dos, dans un manteau aux couleurs de
l'Union Jack (quelque peu usé), mains dans le dos, bien droit dans un décor
champêtre. Le look de Bowie, à l'époque, était très moderne, chevelure blond
vénitien, coupe en brosse, barbe de trois jours, petit bouc... Musicalement,
Earthling est lui aussi très dans l'air de son temps. Si le précédent opus
était sous influence Nine Inch Nails, Earthling (titre qui signifie 'Terrien')
est sous l'influence du drum'n'bass et du jungle-rock à la The Prodigy. Pas sur
tous les morceaux, mais sur une grande majorité. L'album précédent offrait 19
titres, celui-ci en contient 10 de moins. Mais quels titres ! Si on excepte The
Last Thing You Should Do (qui ne me plaît pas trop), il n'y à rien à jeter ici.
On y trouve même cinq (oui, cinq, sur neuf chansons !) classiques absolus de
Bowie : Little Wonder (qui sortira en single), Battle For Britain (The Letter),
Seven Years In Tibet (où Bowie fait vrombir son saxophone ; la chanson
s'inspire de l'autobigraphie du même nom d'Heinrich Harrer, mais le film de
Jean-Jacques Annaud qui en sera l'adaptation n'était pas encore sorti), Dead
Man Walking (aussi un titre original de film de la même époque, mais rien à
voir : La Dernière Marche) et I'm Afraid Of Americans (qui sera refait par la
suite avec Nine Inch Nails). Cinq chansons démentielles, ma préférence allant à
Little Wonder (une progression haletante, qui plus est en ouverture d'album) et
Seven Years In Tibet (morceau d'apparence calme, avec de grands pics de
violence, de tension).
Le reste de
l'album est également remarquable : Looking For Satellites est un morceau
fantastique, Telling Lies est méconnu et vraiment excellent, et le final Law
(Earthlings On Fire) vaut lui aussi totalement le coup, avec son rythme
syncopé. Dans l'ensemble, avec sa production bien dans son époque (et qui, bien
qu'étant très puissante, est moins épuisante que celle de 1.Outside), cet album
est probablement (et même très certainement !) le meilleur album studio de
Bowie dans les années 90, et son meilleur (pour l'époque) depuis Scary Monsters
(& Super Creeps) de 1980. En totale forme (ses musiciens aussi : Reeves
Gabrels, arrivé chez Bowie via Tin Machine et qui partira après
l'enregistrement de 'Hours...' (de
1999), Zach Alford qui est toujours avec Bowie, Gail Ann Dorsey qui est
toujours avec Bowie aussi, et l'inévitable Garson), Bowie livre un disque puissant,
méconnu au final, parfois mal-aimé, mais assurément un chef d'oeuvre. Un disque
que j'ai cependant mis un peu de temps à aimer, l'ayant découvert (à sa sortie
; j'avais 15 ans) à une époque où les productions drum'n'bass me faisaient
royalement chier. Je ne suis toujours pas fan de ce genre de production, mais
je fais une exception pour ce disque, réellement bluffant et, à une chanson
près (laquelle n'est pas mauvaise, en même temps), quasiment parfait. Earthling est un grand cru de David
Bowie. Sending me so far away, so far away...So far away, so far away...
XSilence
Que faire
quand on a 50 ans, un statut de légende à son actif et un précédent album
médiocre ? Publier son meilleur disque depuis l'énorme Scary Monsters. Donc, se
remettre en question.
Ce qui passe
d'abord par l'arrêt de la collaboration avec Brian Eno, dont la dernière en
date n'était pas très concluante.
C'est bien
beau, mais ensuite ?
Passionné
qu'il est par la jungle et des artistes comme Aphex Twin, Prodigy, Goldie ou
Underworld, David Bowie se dit qu'il fêterait bien son demi-siècle en
enregistrant un album dans ce style. Mais hors de question de suivre la mode
quand on n'a eu de cesse de la devancer : il faut innover.
Et
contrairement à ce qu'en on dit les non-subtils, le papy le plus vert
d'Angleterre bouleverse le genre : il assimile vite les principes du genre et
les associe à une écriture musicale classique, liant la dissonance électronique
à la dynamique pop. Et du coup, les machines se retrouvent à servir le groupe
et non pas l'inverse.
Résultat : une
petite perle. Earthling marque le grand retour du Ziggy à plusieurs titres :
excellence des compositions, groupe hyper soudé et un David dont la voix est en
forme olympique ! A écouter en priorité sur "Little Wonder" ou
"7 Years In Tibet". Mike Garson, le vieux complice des années glam
brille de mille feux sur "Battle For Britain" alors que Reeves
Gabrels joue comme un fou furieux remis en liberté pour bonne conduite sur
"The Last Thing You Should Do" et effectue un solo ahurissant d'inventivité
sur "Looking For Satellites". Tous les morceaux sont excellents, même
"Law" (où Bowie s'essaie à la vraie jungle) reste convaincant. Bref,
un régal de bout en bout, qui marque le vrai grand et digne retour du Thin
White Duke.
Qui ne
voudrait pas aborder la cinquantaine dans de telles conditions ?
TRACKLINSTING
| 1 | Little Wonder | 6:02 |
| 2 | Looking For Satellites | 5:21 |
| 3 | Battle For Britain (The Letter) | 4:49 |
| 4 | Seven Years In Tibet | 6:22 |
| 5 | Dead Man Walking | 6:50 |
| 6 | Telling Lies | 4:50 |
| 7 | The Last Thing You Should Do | 4:58 |
| 8 | I'm Afraid Of Americans | 5:00 |
| 9 | Law (Earthlings On Fire) | 4:48 |
Crédits
- Alto Saxophone – David Bowie
- Art Direction – David Bowie
- Bass – Gail Ann Dorsey
- Co-producer – Mark Plati, Reeves Gabrels
- Design [Union Jack Jacket] – Alexander McQueen, David Bowie
- Design, CGI Artist [Computer Imaging] – Davide De Angelis
- Drums [Acoustic Drums], Drum Programming [Drum Loops], Electronic Drums [Electronic Percussion] –Zachary Alford
- Engineer – Mark Plati
- Guitar – David Bowie, Reeves Gabrels
- Keyboards – David Bowie, Mark Plati, Mike Garson, Reeves Gabrels
- Loops – Mark Plati
- Lyrics By – David Bowie
- Mastered By – Bob Ludwig
- Mixed By – Mark Plati
- Music By – David Bowie, Mark Plati (tracks: 1 to 3, 7), Reeves Gabrels (tracks: 1 to 5, 7, 9)
- Other [Make-up] – Helene Andersson
- Photography By – Frank Ockenfels*
- Photography By [Video Stills And Kirlian Photo Of Crucifix] – David Bowie
- Piano – Mike Garson
- Producer – David Bowie
- Programmed By – Mark Plati, Reeves Gabrels
- Sampler – David Bowie, Mark Plati
- Synthesizer – Reeves Gabrels
- Technician [Studio Assistant] – Dante DeSole, Matt Curry
- Vocals – David Bowie, Gail Ann Dorsey, Reeves Gabrels
Notes
?&© 1997 David Bowie, except * [Track 6] ? 1996 David Bowie
Under exclusive license to BMG Entertainment International.
Made in the EC.
___
Released in jewel case including 6-panel 12-page fold out booklet.
Title is written as "EART HL I NG" on the cover.