Daniel
Darc - Sous influence divine – 1987
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ARTISTE
Daniel Rozoum, dit Daniel Darc,
naît le 20 mai 1959 à Paris. En 1976, il reçoit, grâce au groupe punk anglais
The Sex Pistols, un choc musical qui va complètement bouleverser sa vie. En
1978, alors qu'il est au lycée Balzac à Paris, il rejoint le groupe Taxi Girl,
fondé par quatre amis : Mirwais Stass (guitares), Laurent Sinclair (claviers),
Stéphane Erard (bassiste) et Pierre Wolfsohn (batteur).
Très influencé par le rock
littéraire américain de Patti Smith et par l’attitude provocatrice des punks et
d’Iggy Pop, Daniel Darc se lance à corps perdu dans cette aventure artistique
et humaine qui durera huit ans. Inédite en France, la musique de Taxi Girl doit
autant au rock urbain et noir du Velvet Underground qu’à la musique
électronique de Kraftwerk. Grâce à ses prestations musicales sur le fil et à
l’attitude jusqu’au-boutiste de son chanteur (il s’ouvre les veines sur scène
en première partie d’un concert de Talking Heads en novembre 1979), Taxi Girl
acquiert très vite une réputation sulfureuse qui fait hésiter les maisons de
disques.
C’est finalement avec EMI qu’ils
enregistrent en 1980 un premier simple "Mannequin" suivi par un
deuxième "Cherchez le garçon". Cette chanson froide, synthétique mais
dansante, va connaître un immense succès dans l’Hexagone avec plus de 300.000
exemplaires vendus et impose le style Taxi Girl marqué par la voix blanche de
Daniel Darc et des synthés, très influencés par ceux de The Doors. Tout arrive
très vite pour eux mais, trop de bruit, de concerts et de drogues n’aident pas
les membres de Taxi Girl à lutter avec leurs démons intérieurs. Le bassiste
Stéphane Erard décide de quitter le groupe et quelque mois plus tard, en
juillet 1981, le batteur, Pierre Wolfsohn meurt d’une overdose de cocaïne.
En 1982, Taxi Girl sort son
premier véritable album "Seppuku", produit par le bassiste des
Stranglers Jean-Jacques Burnel. Pour l’occasion, Daniel Darc s’est inventé un
double, Viviane Vog, pour signer une partie de ses textes plutôt morbides
(meurtres, dépression, suicides…)
Malgré des bonnes critiques et
des prestations scéniques impressionnantes (le Casino de Paris en 1982 et une
tournée française avec Indochine en première partie), les ventes ne suivent pas
et en avril 1983, Laurent Sinclair abandonne le trio. Taxi Girl publie en mai
1983 un mini-album "Quelqu’un comme toi" et quelques simples jusqu’en
1986 mais le duo ne retrouve pas le succès de ses débuts et se sépare, épuisé.
Darc en solo
Seul, Daniel Darc a du mal à
surmonter ses problèmes de dépendance à l’alcool et à la drogue mais la vie va
mettre sur son chemin quelques bonnes fées. La première s’appelle Jacno avec
lequel il va réaliser son premier album solo, "Sous Influence Divine"
qui sort en 1987 : huit titres qui tournent autour du thème de l’amour
impossible. Moins provocateurs, ses textes gagnent en poésie et en mélancolie
mais l’album ne touche que les aficionados et le grand public passe à côté
malgré une reprise de Françoise Hardy, "Comment te dire adieu".
En 1988, nouvelle rencontre,
celle d’Etienne Daho qui produit "La Ville", une chanson plus apaisée
et la même année, Daniel Darc enregistre "Parce que", douze titres
co-écrits avec l’anglais Bill Pritcharddont une reprise de Charles Aznavour
("Parce que"): le courant passe à merveille entre ces deux
ultrasensibles et l’album, même s’il ne connaît qu’un succès d’estime, reste
aujourd'hui une œuvre mythique et précieuse pour ses fans.
Fan de littérature, l’ex-chanteur
de Taxi Girl publie aussi en parallèle quelques recueils de textes
("Mélancolie d’Edie" et "Energie dramatique de la rue" en
1991, "A love supreme" en 1998 en hommage à une de ses idoles John
Coltrane et "Le Drugstore du ciel" en 2000). Sur la recommandation de
Patrick Eudeline, il s’essaie à la critique musicale dans le magazine Best et
traduit aussi quelques livres de William Burroughs.
Toujours démangé par la musique,
Daniel Darc réitère l’expérience en 1994 avec "Nijinsky", deuxième
album solo enregistré avec le groupe The Weird Sins et réalisé par son ami du
groupe Pure Sins, Georges Betzounis qui ne rencontre pas plus de succès que ses
précédentes tentatives. Marqué par la déveine commerciale, Darc enchaîne les
collaborations diverses : textes pour Marie-France ou Marc Minelli, reprises
("She's so untouchable" de Johnny Thunders, "Les
Champs-Elysées" de Joe Dassin en compagnie de Bertrand Burgalat) et
conseils aux groupes Diabologum et Brent.
2004 : "Crève-cœur"
La fin des années 1990 le voit
errant dans Paris, brûlé par une vie marquée par les abus (qui l'ont amené à
faire quelques semaines de prison) et les échecs commerciaux. La sortie du
tunnel a lieu grâce encore à une rencontre en 2003 avec le compositeur Frédéric
Lo qui lui propose d’écrire un texte pour le nouvel album de la chanteuse Dani.
Daniel Darc signe celui de "Rouge Rose" et mis en confiance par Lo,
décide de prolonger l’expérience en enregistrant douze nouvelles chansons
composées par celui-ci.
Dédié au chanteur country Johnny
Cash, décédé la même année, "Crève-Cœur" sort début 2004 chez Mercury
: le chant de Darc a mué vers un talk over très gainsbourien et raconte avec un
désenchantement et une sensibilité inimitables, des histoires d’amour, de
rédemption et d’amitié. Cette fois-ci, le succès est au rendez-vous: les médias
célèbrent le retour d’un talent unique qu’on croyait perdu et le public
succombe aux mélodies subtiles ("Je me souviens, je me rappelle",
"Mes amis") de Frédéric Lo. Emu par tous ces témoignages, Daniel Darc
semble enfin avoir fait la paix avec ses démons intérieurs : comme il l’a
souvent dit, le rock lui a sauvé la vie.
Pour couronner ce grand retour,
"Crève-cœur" est élu Album révélation de l'année aux Victoires de la
musique 2005. En mai de la même année, Daniel Darc démarre sa tournée avec des
passages en France, en Belgique et en Espagne. Jouant notamment au premier
étage de la Tour Eiffel à Paris en juin ! Il multiplie aussi les collaborations
avec différents artistes : un duo avec Cali sur son album "Menteur",
l'écriture de chansons pour l'acteur Tcheky Karyo ou pour de jeunes chanteurs
comme Elisa Tovati, Thierry Amiel et même Alizée.
2008 : "Amours
suprêmes"
Du 11 au 18 janvier 2007, il
accompagne Richard Kolinka, Raphaël, Alain Bashung ou encore Jean-Louis Aubert
sur la tournée "Les Aventuriers d'un autre monde". Puis il se penche
sur son nouvel album, "Amours suprêmes", qui sort en janvier 2008. Le
titre est un hommage à John Coltrane et son célèbre "A love supreme".
Comme pour "Crève-Cœur",
il en a confié la composition et la réalisation à Frédéric Lo, qui semble
déchiffrer mieux que personne la fibre artistique de Daniel Darc. Musicalement,
le disque est plus riche, les ambiances différentes d'un titre à l'autre. Pour
les textes, Daniel Darc se montre toujours aussi inspiré, entre fragilité et
noirceur. Sur "Amours suprêmes", on retrouve des invités de choix :
Alain Bashung pour un duo en anglais, "L.U.V.", Robert Wyatt dans
"Ça ne sert à rien", et la chanteuse de Cocoon, Morgane Imbeaud dans
"J'irai au Paradis". Une tournée à travers al France est organisée
dès le mois d'avril.
Le 17 mai, il se produit à
l'Olympia lors d'un concert très intense. On le retrouve aussi au Cabaret
sauvage à Paris le 8 septembre 2009 dans le cadre du festival Jazz à la
Villette, ainsi qu'au Théâtre du Palace le 7 février 2011 pour un spectacle
intitulé "Il sera une fois".
Daniel Darc rencontre le
multi-instrumentiste et compositeur Laurent Marimbert, que lui a présenté le
chanteur Christophe. A quatre mains, une série de chansons sont créées
rapidement, puis enregistrées dans la foulée. Une grande complicité artistique
semble unir les deux hommes. Ce travail est soutenu musicalement par des
musiciens venus enregistrer live en studio. L'album "La taille de mon
âme" sort en novembre 2011. Empreint d'une poésie noire, ce recueil de
chansons est à l'image du chanteur, extrême, puissant, sensible, habité par la
mort, mais aussi par une envie manifeste de vivre. Le premier extrait de cet
album s'intitule "C'est moi le printemps".
Daniel Darc donne deux concerts
les 6 et 7 décembre au Collège des Bernardins à Paris. Il démarre ensuite au
mois de janvier une tournée en France qui le mène notamment sur la scène du
Printemps de Bourges.
Mais le printemps aussi à une fin
et l'hiver suivant, le 28 février 2013, Daniel Darc est retrouvé mort dans son
appartement parisien. Un dernier excès d'alcool et de médicaments l'emporte à
jamais.
Ses obsèques ont lieu au temple
protestant de l'Oratoire à Paris le 14 mars 2013. Il est inhumé au cimetière
Montmartre.
Daniel Darc travaillait au moment
de sa mort sur plusieurs projets : une autobiographie en collaboration avec le
journaliste Bertrand Dicale, laquelle finit par sortir en mai sous le titre
"Tout est permis, mais tout n'est pas utile" ; et un nouvel album. Le
réalisateur Laurent Malimbert, avait fait enregistrer à l'artiste, la partie
voix des nouvelles chansons. C'est ainsi que, malgré la disparition prématurée
de Daniel Darc, "Chapelle Sixteen" peut tout de même paraître en
septembre, laissant ainsi un héritage particulièrement émouvant à son public et
à ses amis.
L’ALBUM
Magic
Je Suis Déjà Parti. Ces quelques
mots, Daniel Darc les murmure, du bout des lèvres et d’un air élégamment
négligé, sur le morceau éponyme placé en face B du simple Aussi Belle Qu’Une
Balle. Mais ils ne vont pas tarder à prendre une tout autre dimension. Car ce
45 tours, réalisé en 1986, finit par se métamorphoser en chant du cygne – et en
ultime succès populaire, telle une ponctuation invraisemblable à une destinée
rocambolesque. Trop de compagnons laissés sur le bord de la route, de concerts
chaotiques ; de luttes d’ego et de divergences. Artistiques ou autres. Mais
bien avant que la séparation ne devienne inéluctable et ne soit officiellement
entérinée, les deux survivants de cette aventure pas ordinaire font part de
divers projets. Mirwais doit produire les Belges d’Outsiders. Darc, lui,
annonce la sortie prochaine d’un single solo. Qu’il compte enregistrer sous
l’égide de Jacno. Tous deux furent des jeunes gens mödernes (comme on dit
maintenant) à la charnière des années soixante-dix et quatre-vingts, caressant
le succès inopinément. Mais s’ils ont beau avoir opté chacun pour des pseudos,
ils ne se ressemblent pas tant que ça : pour schématiser, Daniel se nourrit de
rock américain – et d’Iggy Pop en particulier, avec ou sans les Stooges –,
quand Jacno s’afficherait plus en légataire d’un certain esprit mod
britannique.
L’un jongle dangereusement avec
la dope, l’autre penche pour les Bordeaux Grands Crus. Pourtant, le projet se
transforme en album. Un album crânement baptisé Sous Influence Divine et
réalisé en 1987 sur le label belge Play It Again Sam. Huit chansons et un léger
goût d’inachevé. Pochette stylisée et obsessions déclarées. En gros : les
amours impossibles. Il flotte un léger esprit yé-yé sur ces chansons tirées à
quatre épingles, à l’instar du morceau qui donne son titre au disque, où plane
l’ombre d’Antoine alors que le Darc témoigne d’une pointe d’humour distancié
auquel il ne nous avait pas habitué jusque-là. À cette ouverture badine, on
préfère Pars Sans Te Retourner, chouette tentative de ballade surannée placée
sous le sceau de Goffin et King, portée par un numéro de crooner légèrement
déjanté et des chœurs féminins. Il y a aussi Juste Toi Et Moi, réminiscence de
l’époque Cette Fille Est Une Erreur (1984), et une reprise un rien trop fidèle
de Comment Te Dire Adieu, œuvre du parangon (pour les deux comparses, cette
fois) Serge Gainsbourg, popularisée par Françoise Hardy. Restent alors les deux
morceaux de bravoure qui doivent beaucoup à l’Iggy suscité. À commencer par Ce
Qu’Il Y A Dans Tes Yeux, à la mélodie virevoltante et aux paroles directement
inspirées par l’hymne The Passenger – “Je serai assis à tes côtés/Je serai
juste ton passager/Je regarderai la ville passer/Je n’oserai pas regarder”, ce
genre. Et sans oublier Je Suis Le Seul Garçon Sur Terre, rock bravache au
propos sado-maso, qui donne aux guitares (Alice Botté n’est pas loin) la part
de l’Iguane. Mais à sa sortie, Sous Influence Divine n’emporte qu’un succès
d’estime. Ce dont son auteur ne s’offusque pas, résumant plusieurs années plus
tard et avec ce sens éblouissant de la formule, cette première tentative par la
nécessité d’avoir à ses côtés “quelqu’un sur qui m’appuyer et ça a été Jacno.
Il se trouve que lui boitait du pied gauche et moi, du droit, donc on
s’équilibrait mutuellement. C’est un mec qui a du talent, même s’il y a eu un
problème entre nous. D’ailleurs, c’est de ma faute à l’origine”.
Il est ainsi, Daniel Darc, jamais
disposé à faire la moindre concession, préférant mourir avec ses idées plutôt
que de les voir galvaudées. L’aventure Taxi Girl définitivement consommée, il
est bien trop tard pour faire machine arrière. Le garçon pense donc à la suite
de ses excursions en solitaire. Et l’année suivante, fait appel à Étienne Daho,
thuriféraire de… Jacno et alors au firmament de sa popularité hexagonale, pour
habiller une chouette ritournelle, La Ville – “Est pleine de putes/La ville est
pleine de disputes”. Mais en cette année 1988 placée sous le signe de la
collaboration, le meilleur est à venir. Un Anglais francophile, également
pensionnaire du label PIAS, a fait part de son désir de le rencontrer. Bill
Pritchard est alors à peine une figure culte dans l’Hexagone – il n’a pas
encore été produit par… Daho –, un baladin moderne et bucolique, déjà maître
dans l’art d’imaginer des mélodies en accroche-cœur. Trois ans auparavant, le
sujet de Sa Majesté était tombé sur la vidéo de Paris, et en resta suffisamment
estomaqué pour penser que “le mec qui a écrit cette chanson doit être tout à
fait fou”. Au départ, Darc devait simplement écrire des textes français pour un
album que le ressortissant de la prude Albion souhaitait réaliser dans la
langue de Molière. Mais il est de ces complicités… Alors, autour de quelques
passions communes (“Je me souviens de Ronnie Bird, de Kir Framboise, de
Telecaster, de Guiness…”, écrira l’ex-Taxi Girl), les deux jeunes hommes
s’enferment une semaine en studio à Bruxelles, alors que le mois d’août a
plongé la ville dans la torpeur. Huit compositions signées Pritchard et deux
reprises. Autant de moments d’une étrange intimité, où l’ambiguité laisse
souvent la place à l’universalité. Romantisme désuet et amours (toujours…)
déchues.
Guitares tout en bois et
harmonica. Cuivre fantasmé, violons “inventés” et pincements de cordes comme
autant de pincements au cœur. Parce Que est de ces œuvres dont on a trop
longtemps rêvé, sans jamais croire qu’un jour, elle puisse exister. Tout ici
confine à la perfection. De cette pochette directement inspirée par celles des
disques Vogue des sixties aux notes rédigées fiévreusement par les principaux
protagonistes, de ces interprétations d’une justesse admirable à un tirage
vinyle originel limité à trois mille exemplaires. Rarement Daniel Darc – si ce
n’est lors de son improbable retour de 2004, l’album Crèvecœur sous le bras –
n’aura ainsi baissé la garde, accepté de se livrer avec une telle sobriété
(Rien De Toi, d’une nudité impériale), sans aucun effet de style, ni d’annonce.
Impossible de trancher entre la version de Seras Tu Encore Là ? interprétée par
Daniel et celle chantonnée par Bill. À la mystérieuse Lydia de Pritchard, son
comparse du moment a préféré imaginer D’Autres Corps. Boîte à rythmes
crachotantes et sentiments en berne. Avant de s’attaquer au monstre Aznavour,
juste guidé par une guitare acoustique, le temps d’une interprétation
magistrale de retenue et de désir inhibé de Parce Que, Darc a repêché avec un
bel à-propos Je Rêve Encore De Toi, l’adaptation française de Stephanie Says
qu’il avait salopée avec Mirwais pour la compilation Les Enfants Du Velvet
(1985). “‘It’s a classic’, répétait Bill, ‘c’est bien hein’, traduisait
Daniel”. C’était surtout mieux que le reste. Ce que l’on pense toujours, vingt
ans après, plongé dans la redécouverte de ce disque à l’atemporalité virginale,
dont on aurait bien aimé qu’il ressorte un peu mieux attifé – un vulgaire
boîtier cristal en lieu et place d’un digipack ; merde, quand même –, histoire
d’être à la hauteur de cet album dont, comme l’écrivait Daniel à l’époque, “on
peut dire (…) qu’il est ‘for collectors only’. Ça me fait rire ! Tous les
disques ne devraient-ils pas être comme ça ?” Si. Exactement comme ça.
TRACKLINSTING
| 1 | Sous Influence Divine | 4:09 |
| 2 | Pars Sans Te Retourner | 4:55 |
| 3 | L'Amour Est Là Pour Rester | 3:30 |
| 4 | Juste Toi Et Moi | 4:10 |
| 5 | Ce Qu'Il Y A Dans Tes Yeux | 4:08 |
| 6 | Le Seul Garçon Sur Terre | 4:00 |
| 7 | Toutes Les Filles Sont Parties | 4:04 |
| 8 | Comment Te Dire Adieu |
Notes
? & © 1989 Play It Again Sam [PIAS]