Peter Gabriel - Peter Gabriel - 1977
1001 Albums You Must Hear Before You Die
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ARTISTE
Peter Gabriel naît le 13 février
1950 dans le Surrey. En 1965, il fonde Genesis avec des copains d'école. Il en
est le chanteur, mais joue également de la flûte traversière, écrit la majorité
des textes et développe quasiment seul l'aspect visuel des shows du groupe. De
1969 à 1975, Genesis publie six albums studio qui donnent ses lettres de
noblesse à un genre qu'on appelle alors « rock progressif », une musique assez
complexe et sophistiquée. Mais, là où d'autres formations pratiquant ce style
musical mettent l'accent sur les prouesses instrumentales (King Crimson, Yes et
surtout Emerson, Lake & Palmer), Genesis n'oublie jamais de composer
d'excellentes chansons et surtout, grâce à Gabriel, développe une théâtralité
impressionnante qui donne à ses concerts une dimension nouvelle, annonçant ce
qu'on appellera plus tard les spectacles multimédias.
Pour jouer les différents
personnages de ses chansons de plus en plus élaborées, il transforme
constamment sa voix, chantant dans différents registres, technique qui
deviendra sa marque de fabrique et qu'il continuera d'employer sur ses premiers
albums solo. Il utilise également de nombreux masques, costumes, accessoires et
maquillages outranciers. Les autres membres du groupe, essentiellement
intéressés par la musique, commencent à reprocher à Peter Gabriel de détourner
l'attention du public. Ces divergences vont atteindre un point de non-retour en
1974 à la sortie de The Lamb Lies Down On Broadway, un double album conceptuel
dont l'histoire a intégralement été imaginée et écrite par Gabriel, qui y a beaucoup
travaillé seul, à l'écart du groupe. Avec un premier disque constitué de
chansons pop énergiques à la violence très urbaine, The Lamb... ressemble
effectivement plus à un premier album solo de Peter Gabriel qu'à la suite du
pastoral et délicat Selling England by the Pound, le précédent Genesis. Gabriel
annonce alors logiquement qu'il quittera le groupe à la fin de la tournée The
Lamb. La séparation est effective en mai 1975.
Le nouveau départ de Peter
Gabriel
C'est un double traumatisme pour
les fans : pour eux, Gabriel incarne Genesis et, si personne ne donne très cher
de la peau du chanteur en solo, pour tout le monde, le groupe est fini...
Pourtant, Genesis continuera sa carrière et, avec le batteur Phil Collins au
chant, simplifiera sa musique et obtiendra un succès qu'il n'aurait peut-être
jamais connu avec Peter Gabriel.
Ce dernier compose alors les
chansons qui vont constituer son premier album solo, dont « Solsbury Hill »
dans laquelle il évoque les raisons de son départ de Genesis et sa joie d'être
enfin libre. Ce titre sera son premier succès en solo (n°68 au Etats-Unis).
L'album sort en février 1977. Pour le produire, Gabriel a choisi le Canadien
Bob Ezrin, sorte de génie de la démesure, connu pour son travail avec Alice
Cooper, Lou Reed (Berlin) puis, plus tard, Pink Floyd (The Wall) et, de façon
plus anecdotique, Téléphone (Dure Limite). Le disque est enregistré à Toronto,
dans le fief d'Ezrin et celui-ci convoque ses musiciens habituels, les deux
flamboyants guitaristes Steve Hunter et Dick Wagner, le clavier Jozef Chirowski
et le batteur Allan Schwatzberg. Cette équipe confère à l'album de Gabriel un
son gigantesque renforcé par la présence du London Symphony Orchestra au grand
complet. On est loin de la préciosité de Genesis et les fans sont légèrement
décontenancés. Gabriel expliquera par la suite qu'ayant perdu tous ses repères
et se retrouvant seul, sans le groupe avec lequel il jouait depuis son
adolescence, il avait besoin de se rassurer avec une équipe très
professionnelle. On retrouve néanmoins sur ce disque deux musiciens qui vont
beaucoup compter pour lui, le bassiste Tony Levin, qui l'accompagnera tout au
long de sa carrière, et le génial guitariste Robert Fripp, leader et fondateur
de King Crimson, qu'il reformera d'ailleurs en 1979 avec... Tony Levin à la
basse.
Fripp accompagne discrètement
Gabriel lors de sa première tournée en solo, qui comprend son premier concert
français, à la Fête de L'Humanité, le 10 septembre 1977 : il n'apparaît pas sur
scène, jouant caché derrière les amplis. Dans la foulée, le guitariste produit
le second album de Peter Gabriel qui, tout comme le premier, n'a pas de titre,
si ce n'est Peter Gabriel : le chanteur veut que ses albums soient comme « des
éditions différentes d'un même magazine ». La maison de disques s'arrache les
cheveux, d'autant plus qu'il répétera la blague avec les deux suivants. On
prendra l'habitude de leur donner des numéros ou, aux Etats-Unis, un sous-titre
plus ou moins explicite en référence à la pochette : Car (voiture) pour le
premier, puis Scratch (griffure), Melt (fonte) et Security...
Gabriel ne fait pas dans la
facilité : ce deuxième album ne possède ni la luxuriance sonore du précédent,
ni un hit évident du calibre de « Solsbury Hill ». C'est ce qu'on appelle un
album « de transition », qui permet à Peter Gabriel de s'approcher du style
plus personnel qu'il va bientôt développer avec grand succès et dont les
caractéristiques sont alors le recours croissant à l'électronique et aux
synthétiseurs (Larry Fast), au Chapman Stick en lieu et place de la basse
(toujours Tony Levin) et à une batterie de plus en plus lourde (Jerry Marotta).
Ces musiciens vont également constituer le noyau du groupe de tournée, une
formation soudée par les concerts qui, en décembre 1978, enflamme le Pavillon
Baltard de Nogent-sur-Marne (oui, celui qui abrite aujourd'hui La Nouvelle
Star, les temps changent...).
Peter Gabriel et la « world music
»
En été 1979, Peter Gabriel
enregistre sous la houlette du producteur Steve Lillywhite. Le résultat, son
troisième album qui sort en mai 1980, est un succès artistique et commercial,
notamment grâce aux chansons « Games Without Frontiers » (sur lequel il chante
avec Kate Bush) et « Biko ». Cette dernière, dédiée à l'activiste
anti-apartheid assassiné en Afrique du Sud, fera le tour du monde et
déterminera l'engagement de son auteur dans de nombreuses causes défendant les
droits de l'homme. L'album suivant développe les mêmes ambiances électroniques
en y ajoutant un soupçon de rythmes africains (« The Rhythm of the Heat ») et
latins (« San Jacinto »), premiers indices de l'intérêt de Gabriel pour la «
world music ». Publié en septembre 1982, il obtient encore plus de succès,
notamment aux Etats-Unis grâce au single « Shock the Monkey » (son premier
titre à entrer dans le Top 40 américain).
Au même moment, Peter Gabriel
lance le festival WOMAD (World of Music, Arts and Dance), destiné à faire
connaître différentes cultures et musiques du monde à une audience occidentale.
Pour le financer, le chanteur se produit avec ses anciens camarades de Genesis
lors d'un unique concert de reformation, le 2 octobre 1982. Puis il s'embarque
dans une tournée en solo dont sera tiré son premier disque enregistré en
concert, Plays Live, double album paru en 1983, qui reprend des titres de ses
quatre albums studio.
Fin 1984, Peter Gabriel s'attaque
à une nouvelle expérience : avec le producteur Daniel Lanois, il enregistre sa
première musique de film, pour Birdy d'Alan Parker. Pour ce faire, il compose
en studio des musiques instrumentales originales, mais retravaille également
des titres de son quatrième album en les remixant, une méthode qui consolide sa
position de précurseur de la musique électronique. L'album de la bande
originale sort en 1985 et reçoit de nombreuses louanges, tandis que le film
remporte le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes. La même année, Peter
Gabriel fonde Real World, une compagnie prolongeant son action entamée avec
WOMAD, destinée à établir des passerelles entre la technologie occidentale et
les musiques du monde les plus diverses. Il inaugure ainsi le studio Real World
à Bath, petite merveille ultramoderne située dans un cadre somptueux, ainsi que
le label du même nom qui publiera, outre ses propres albums, des disques de
chanteurs et groupes venus du monde entier parmi lesquels Youssou N'Dour et
Nusrat Fateh Ali Khan.
So, un succès commercial
En mai 1986, Peter Gabriel sort
son plus grand succès commercial, l'album So, emmené par l'énergique single «
Sledgehammer », un hommage aux chanteurs soul des années 1960 et tout
particulièrement à Otis Redding. Ce titre sera propulsé aux sommets des charts
anglais et américains par une vidéo totalement novatrice, mélangeant diverses
techniques d'animation. C'est la vidéo la plus primée de l'histoire du clip (la
plus jouée de tous les temps sur MTV, meilleure vidéo de tous les temps pour le
magazine Rolling Stone, etc.). L'album, qui comprend d'autres hits comme « Big
Time » et « In Your Eyes » ainsi que le duo avec Kate Bush, « Don't Give Up »,
sera certifié multi-platine et vaudra à son auteur une véritable stature de
star internationale. N'importe quel autre artiste aurait capitalisé sur ce
succès en enchaînant par une grosse tournée lucrative, un nouvel album copie
carbone du précédent et autres fadaises habituelles signalant généralement
l'abandon de toute prise de risque et de toute ambition artistique. Mais Peter
Gabriel est un homme à part. Il ne retrouvera jamais le succès de So pour une
simple raison : il n'essaiera jamais. Son album suivant sortira d'ailleurs...
six ans plus tard.
Entre temps, il va diversifier
ses activités, développant Real World, écrivant des musiques de film et
s'engageant plus avant dans des causes humanitaires. Ainsi, à l'été 1986, il
s'embarque dans une tournée de soutien à Amnesty International avec Sting, U2
et Joan Baez. Il organise également la suivante, Human Rights Now !, en 1988,
parcourant le monde en compagnie de Bruce Springsteen, Sting, Tracey Chapman et
Youssou N'Dour (la tournée passe par Bercy avec Michel Jonasz en vedette
locale). Il participe également cette année-là et en 1990 au concert de soutien
à Nelson Mandela, à Wembley.
La Passion de Peter Gabriel
En juin 1989, il publie Passion,
la musique du film de Martin Scorsese, La Dernière tentation du Christ, où il
mélange avec succès world music et électronique. Cet album expérimental et
novateur remportera le Grammy Award du « Meilleur album New Age »... Comme il a
du mal à trouver le temps de se consacrer à son prochain album solo, une
compilation, Shaking the Trees, est publiée fin 1990. Elle comprend un nouveau
morceau (qui donne son titre à l'album) écrit avec Youssou N'Dour, ainsi que
quinze de ses classiques (et donc aucun extrait de son second disque). Le
nouvel album Us sort enfin au printemps 1992. Plus sombre que So (Gabriel sort
d'un divorce douloureux), il obtient évidemment moins de succès. Tout est
relatif : Us est certifié Disque de platine et le titre « Steam » (qui rappelle
fortement « Sledgehammer ») se classe dans le Top 40. Dans la foulée, en avril
1993, le chanteur s'engage dans une grande tournée très ambitieuse mise en
scène par Robert Le Page, The Secret World Tour, qui parcourt le monde pendant
18 mois, touchant plus d'un million de spectateurs répartis sur les cinq
continents. En août 1994 sortent un double album live et une vidéo enregistrés
sur cette tournée, Secret World Live.
Peter Gabriel, toujours passionné
par la technologie de pointe, fonde alors Real World Multimedia qui va
développer son site internet et publier des CD-Rom expérimentaux, dont son
propre XPLORA. L'exploration de l'univers du multimédia va occuper le chanteur jusqu'à
la fin des années 1990. Il participe également à l'organisation d'un immense
spectacle pour le passage au troisième millénaire, au Millenium Dome de
Londres, le 1er janvier 2000. Il en compose la musique qui sort en juin sous le
titre Ovo, un album très varié qui désarçonne légèrement son public, pourtant
maintenant habitué à ce foisonnement créatif. En avril 2002, il publie The Long
Walk Home, la musique du film Le Chemin de la liberté de Philip Noyce, un album
instrumental à base de claviers électroniques créant d'étonnants paysages
sonores. En septembre, un nouvel album de chansons, Up, voit le jour, produit,
pour la première fois de sa carrière, par Peter Gabriel lui-même. Il est suivi
de la tournée Growing Up. Un DVD de celle-ci est publié en septembre 2003,
ainsi qu'une nouvelle compilation, Hit, qui reprend des titres de tous ses
albums, musiques de films comprises, et offre quelques inédits.
En 2004, il relance la tournée
(judicieusement nommée Still Growing Up) qui fera l'objet d'un double DVD sorti
en octobre 2005, Still Growing Up Live, où l'on retrouve l'intégrale d'un
concert filmé ainsi qu'un documentaire consacré au chanteur réalisé par sa
propre fille, Anna. Entre temps, un autre DVD était sorti, Play, rassemblant 25
clips vidéo d'un artiste qui a toujours été un pionnier dans ce domaine. En
juillet 2005, il participe à l'immense concert Live8 avec son propre projet,
Africa Calling, qui rassemble plusieurs grands artistes africains.
Peter Gabriel est aujourd'hui
mondialement reconnu et respecté, non seulement pour sa musique, mais également
pour ses divers engagements politiques et humanitaires. Il reçoit ainsi depuis
quelques années de nombreux hommages et récompenses. En 2006, on lui remet un Q
Award et un Ivor Novello Award pour l'ensemble de sa carrière, tandis que le 27
novembre il est désigné « Homme de la paix 2006 » lors d'un sommet des lauréats
des Prix Nobel. Mais l'artiste ne se repose pas pour autant sur ses lauriers et
il bouillonne toujours autant d'idées. Parmi ses multiples projets toujours en
chantier, on note l'enregistrement d'un nouvel album, I/O (qu'il désire
produire seul, sans maison de disques, grâce à une souscription), d'une suite
d'Ovo (Son of Ovo !) et d'un disque acoustique.
Finalement, Scratch My Back qui
sort en février 2010 est un album de reprises. Peter Gabriel reprend ainsi des
titres de David Bowie, Lou Reed, Neil Young, Radiohead, Arcade Fire, Regina
Spektor ou encore Elbow et Randy Newman. Produit par Bob Ezrin (Alice Cooper,
Pink Floyd, Kiss, Lou Reed) cet opus revisite entièrement des titres des
artistes précités d'une manière totalement réarrangée puisque un orchestre
symphonique a été convoqué pour l'occasion. C'est toujours avec le concours de
quarante-deux musiciens classiques que Peter Gabriel livre en 2011 New Blood où
il revisite sa propre carrière solo. En septembre 2013, il livre la suite de
Scratch My Back avec And I'll Scratch Yours où les stars Lou Reed, Paul Simon,
David Byrne, Randy Newman, Brian Eno, Arcade Fire, Feist et Elbow lui rendent
la pareille.
L’ALBUM
Forces Parallèles
"Dehors les anges, dehors
!" écrivait Peter GABRIEL en 1975, annonçant à la terre entière son départ
de Genesis, ce que certains ne lui ont toujours pas pardonné (à Genesis, pas à
"Dieu" Peter bien sûr). Prenant le temps de s'occuper de sa petite
Anna (qui rappelons-le, avait connu une naissance difficile en 1974) et tentant
de réapprendre laborieusement le piano, le chanteur s'éloigne des projecteurs
pendant un peu plus d'un an. Puis ayant réuni quelques compositions, il appelle
auprès de lui Phil Collins à la batterie, Anthony Phillips au piano, Mike
Rutherford à la basse, et John Goodsall (Brand X) à la guitare pour tester en
musique. Il cherchait avant tout à être rassuré, car le Peter GABRIEL de 1976
n'a pas confiance en lui. Du tout. Le groupe précité ne sera pas celui de son premier
album. Il va se jeter à corps perdu dans une entreprise imposante pour lui :
faire appel à toute la clique des grands musiciens américains d'alors. Tony
Levin, Allan Schwartzberg, les guitaristes redoutables Steve Hunter et Dick
Wagner empruntés à Lou Reed, et Bob Ezrin à la production, se cacher derrière
eux en quelque sorte. Pour être un peu mieux rassuré, il garde la présence de
l'anglais (comme lui) Robert Fripp à ses côtés. Le disque peut ainsi voir le
jour.
C'est donc le premier effort solo
de Peter GABRIEL. Plus qu'un effort, ce début de carrière dans l'angoisse se
ressent quelque peu dès la pochette : le visage fantomatique qui apparaît
contre la vitre de la voiture accidentée sous la pluie semble traduire un début
de carrière complètement à reculons. Quant à l’absence de titre, elle contribue
également à caractériser un artiste qui se cherche (et qui va d’ailleurs mettre
longtemps avant de se trouver).
Côté musique, s'il y a au moins
une chose que Peter était sûr de vouloir faire, c'était de s’éloigner le plus
possible de l’univers de Genesis. Fini et bien fini le temps des contes et des
fables, seule reste "Moribund the Burgermeister", histoire un peu fantasque
d’un maire en proie à des hallucinations dignes d’un The Lamb Lies Down on
Broadway. On y rencontre un massif London Symphony Orchestra, ce que Genesis
n'avait jamais pris le parti de tester. La versatilité des tons pris par la
voix de Peter, du plaintif à cette grosse voix rauque, est saisissante. A part
cela, rien de plus éloigné de Selling England by the Pound effectivement que ce
hard-rock mordant propre à "Modern Love" et "Slowburn".
Quand ce n'est pas l'orgue Hammond de Jozef Chirowski qui ronfle, c'est
monsieur Larry "Synergy" Fast qui fait briller ses synthés
bidouillés. Quoi d'autre encore ? Cet amusant flash-back années 30,
"Excuse Me" (texte écrit par Martin Hall), où se mêlent un
piano-squelette et un Robert Fripp métamorphosé en joueur de banjo... Ou encore
ce blues de bar enfumé à 4 heures du matin appelé "Waiting for the Big
One" qui donne de l'urticaire au bon fan de rock progressif. Le morceau
est pourtant plaisant, surtout dans ses parties instrumentales. Quant au rock péplum
de "Down the Dolce Vita", il m'a longtemps semblé un peu
passe-partout, et pourtant la richesse musicale y est palpable...
Dans d'autres chansons, Peter
s'est aussi essayé à quelques expérimentations moins "nettes",
incluses dans des suites d'idées loin d'être décousues. On trouve par exemple
un passage tango sur "Humdrum" ! Ce qui confère à l’album une
certaine diversité. On peut difficilement trouver un album plus représentatif
d’un artiste qui avance à tâtons. Pour moi, cette première œuvre solo se
résume, malgré l'excellence du reste, essentiellement à trois chansons.
D’abord, ze méga-tube, le très folkisant "Solsbury Hill" et sa
mélodie irrésistible et lumineuse, que le matraquage (plus personnel que radio)
ne peut altérer. Et selon les dires de Peter, cette chanson ne parle PAS de son
départ de Genesis. Ensuite "Humdrum", notamment pour sa fin
resplendissante, portée par l’orchestre. C'est aussi la dernière fois que le
chanteur utilise la flûte. Enfin, celle qui est souvent considérée comme étant
la pièce maîtresse de l’ensemble : "Here Comes the Flood". J'en
connais qui la qualifient de seule version valable (et plus que valable), il
faut reconnaître que cette alternance entre couplets soft et grandes envolées
lors des refrains convient parfaitement à la fin d'un album déjà bien garni en
belles idées. Là c'est tout simplement mythique, et le solo de Dick Wagner est
d'une justesse à couper le souffle... Que demander de plus ?
Ce premier album (plus tard
renommé Car par les fans, en référence à la pochette) est le plus
"british" de Peter GABRIEL en solo, et fait vraiment office de
"grosse production hollywoodienne", surtout quand on le compare à
l'opus à venir. Il est d'ailleurs amusant de constater combien Robert Fripp est
plutôt "noyé" dans un ensemble plutôt direct, lui qui est si habitué
à des musiques plus sophistiquées. Pour la suite, ce sera clairement différent.
Quoiqu'il en soit, sans forcément regorger de classiques, ce premier album
marque le coup avec force, son succès ajoutant au fait qu'il y a bien une vie
après Genesis...
Rock Fever
En 1975, Peter Gabriel quitte le
groupe de rock progressif Genesis, laissant la place de chanteur à Phil Collins
(qui, pourtant, ne voudra pas prendre la place de chanteur au début, mais
acceptera sur l'insistance des autres membres du groupe). En 1977, Peter
Gabriel sort son premier album solo, sobrement intitulé Peter Gabriel, et
surnommé Peter Gabriel I, ou bien encore, rapport à la pochette montrant Pete
Gab' dans une voiture tremplée de pluie, Car. Ce premier album solo, qui
bénéficie de la participation de musiciens très talentueux (Tony Levin à la
basse et au tuba, Steve Hunter et Robert Fripp aux guitares, Allan Schwartzberg
à la batterie), contient deux classiques absolus de l'artiste : Here Comes The
Flood, vraie merveille ; et Solsbury Hill, chanson mythique sur la séparation
de Gabriel avec Genesis (séparation dénuée de violence et de rancoeur, tout
s'est passé dans le calme, malgré de petites tensions), un vrai tube.
Solsbury Hill, pour commencer. Comment
ne pas rêver à l'écoute de cette chanson ? Douce, évocatrice, bucolique
(magnifiques arrangements), avec la voix aigüe, mais pas désagréable, de
Gabriel. Ce n'est pas la seule grande chanson de Peter Gabriel, il fera, par la
suite, avec Biko, Shock The Monkey, I Have The Touch, Sledgehammer ou On The
Air, d'autres classiques. Peter Gabriel I contient d'autres chansons vraiment
exceptionnelles, magnifiquement servies par la production de Bob Ezrin : Down
The Dolce Vita, Slowburn, Modern Love, Moribund The Burgermeister, Here Comes
The Flood qui vous file le frisson partout dans le corps... Malgré cela,
l'album n'est pas totalement parfait : Excuse Me et Humdrum sont un peu
en-dessous des autres titres.
Enregistré en 1976 à Toronto,
Canada (Ezrin est canadien, par ailleurs), Peter Gabriel I (Car) est un des
meilleurs albums de ce grand chanteur. Par la suite, Gabriel s'orientera dans
une musique plus complexe (le second album, II), et même world (III, Security).
Ce premier album reste son plus pop avec So de 1986 (qui contient le tube
Sledgehammer), et un des préférés des fans. C'est le plus progressif dans le
vrai sens du terme, mais le plus rock, aussi. Pour amateurs, c'est un disque à
écouter absolument, ne serait-ce que pour Here Comes The Flood, Solsbury Hill
et Down The Dolce Vita.
Gut of Darkness
Trois ans après son départ de
Genesis, Peter Gabriel entame avec ce «car» sa carrière solo. Comme souvent
dans ces cas-là, le premier recueil proposé est d’une variété déconcertante, et
montre de fait plus un artiste qui se sent enfin libre de faire ce qu’il veut,
plutôt qu’un artiste qui sait vraiment ce qu’il veut. Mais entre son talent
naturel pour le bizarre et le générique fort gouleyant (Fripp, Levin, Larry
Fast…) de cet album, on a là un excellent disque. Parmi les récurrences on
trouve les guitares très en avant et aux lead puissants, une qualité mélodique
constante, une volonté de sortir dès maintenant des arrangements pop rock
classiques, notamment dans le traitement de la matière rythmique, la basse, les
synthés et les guitares, qui s’associent, par exemple, dans «Moribund…», pour
tisser tout au long du couplet une curieuse toile de fond à l’étrange mélodie
de chant. Le refrain, explosion rock seventies, tranche dans le vif avant de
disparaître à nouveau, pas une percussion n’est nécessaire. Dans cet album
Peter Gabriel va donc également jouer de la structure courante du morceau rock.
Couplet, refrain, pont ou solo, tout cela est assez scrupuleusement respecté
dès ce premier album. Mais l’artiste y voit déjà l’occasion de surprendre. Les
diverses parties qui composent les morceaux sont souvent très différentes l’une
de l’autre, dans le rythme, le son, et l’impact mélodique. Mais en se servant
de l’habitude de l’auditeur pour ce type de structure Peter Gabriel se permet
ces juxtapositions osées et ne nous rebute pas, au contraire : il nous ballade.
La grande majorité des morceaux fonctionne en progression. A l’image du tube
«Solsbury Hill», folk-song au départ, puis entre la guitare rock, puis les
arrangements synthés-symphoniques jusqu’au final qui se veut une envolée de pop
épique comme on en trouve bien d’autre dans ce «car» (Slowburn, Here comes the
flood). «Excuse me» est une étrange pièce qui après une intro de soul-gospel se
transforme en chansonnette années 30. «Humdrum» commence comme du Doors (à part
la voix évidemment), puis s’affirme dans le tango avant d’être saucissonné par
des ponts pop acoustiques puis symphoniques. Un patchwork, c’est certain, mais
tout cela se tient parfaitement, et à travers cette diversité, on ressent déjà
le tempérament particulier de cet ancien chanteur de prog... De manière plus
globale, l’album est le plus rock (Modern love, Down the dolce vita…) du
bonhomme, (les guitares sont vraiment excellentes), le seul, aussi, qui lorgne
encore vers le symphonisme. «Here comes the flood» est une perle de progression
pure… douce au piano, d’abord, puis le refrain, les envolées… un morceau
vraiment prenant. Souvent grandiloquent, ce disque n’en dégage pas moins un
sentiment d’ironie musicale, à travers des intros, des ponts curieux. En se
cherchant, en tout cas, Peter Gabriel trouve déjà pas mal de bonnes choses. Le
note distante est à prendre dans le contexte d’une carrière et d’une
personnalité forte à venir…
1001 Albums You Must Hear Before You Die
Two years after leaving Genesis in 1975, Peter
Gabriel launched his solo career with the eclectic set of nine songs that
comprise Peter Gabriel /. Free from the tension and constraints which had
restricted his creative development, he unleashed an avalanche of bottled-up ideas
and flamboyant arrangements.
"Moribund The Burgermeister" lays it
on thick right from the outset. Deep jungle drums and warbly synths are just
the first ingredients in the song's smorgasbord of prog-rock theatricality.
Gabriel sings in a variety of vocal styles, including a rumbling growl as the
evil Burgermeister. The song is strange but compelling.
Next up is "Solsbury Hill," Gabriel's
first hit, and one of the best and most enduring songs of his long career. Anchored
by a bouncy acoustic guitar melody, the song gives a tangible feeling of hope
and endless possibility. Its lyrics touch upon Gabriel's liberating departure
from Genesis when he sings, "I was feeling part of the scenery/1 walked right
out of the machinery."
Not surprisingly, all this diversity results in
a few less interesting genre exercises, like the Randy Newmanesque barbershop
ditty "Excuse Me" or the lengthy blues number "Waiting For The
Big One." But the album closes strong with "Here Cornes The
Flood," a bombastic anthem that Gabriel would rework into an introspective
piano ballad. Either way, it is a powerhouse.
This album was just the beginning of Peter
Gabriel's legendary success as a solo artist- but all the signs were already in
place for great things to corne.
TRACKLINSTING
| 1 | Moribund The Burgermeister | |
| 2 | Solsbury Hill | |
| 3 | Modern Love | |
| 4 | Excuse Me | |
| 5 | Humdrum | |
| 6 | Slowburn | |
| 7 | Waiting For The Big One | |
| 8 | Down The Dolce Vita | |
| 9 | Here Comes The Flood | |
Crédits
- Arranged By [Orchestra], Conductor [Orchestra] – Michael Gibbs
- Backing Vocals [Backing Voice], Soloist, Guitar [Solo Guitar] – Dick Wagner (tracks: 6, 9)
- Bass, Tuba, Leader [Of Barbershop Quartet] – Tony Levin
- Cover – Hipgnosis (2)
- Drums, Other [Directories] – Alan Schwartzberg*
- Electric Guitar, Acoustic Guitar [Classical], Banjo – Robert Fripp
- Guitar [Full Frontal], Acoustic Guitar, Electric Guitar, Rhythm Guitar, Steel Guitar [Pedal Steel] – Steve Hunter
- Keyboards [Frontal Keyboard], Backing Vocals [Barbershop] – Jozef Chirowski
- Layout – Mekon (2)
- Management [Organisation] – Alex*, Brian*, Tony Smith (13)
- Mastered By – George Graves
- Orchestra – The London Symphony Orchestra
- Percussion, Performer [Synthibam, Bones], Backing Vocals [Barbershop] – Jimmy Maelen
- Producer – Bob Ezrin
- Recorded By – Brian Christian
- Recorded By [With] – Dave Harris (3), Jim Frank, Keith Grant, Robert Hrycyna, Robert Stasiak, Rod O'Brien
- Synthesizer, Programmed By [Programming] – Larry (Wires) Fast*
- Voice, Keyboards, Flute, Recorder – Peter Gabriel
- Written-By – Martin Hall (4) (tracks: 4), Peter Gabriel