Les frères Gardner ont grandi dans une famille de musiciens : leur père jouait de la clarinette dans diverses formations et leur mère enseignait le piano. Trent, lui, a commencé la musique à l'age de 9 ans, influencé par sa soeur qui jouait en boucle "Magical mystery tour", "Three dognight" et d'autres morceaux plutôt
psychédéliques. Après avoir naturellement débuté par la clarinette et le piano, ce n'est qu'au lycée que Trent s'est mis au saxophone puis au trombone tout en conservant une pratique multi-instrumentale. Wayne, quant à lui, s'est orienté vers la guitare et la basse. Trent reconnait qu'il a eu un super prof qui lui a fait découvrir la musique et lui a beaucoup apporté tout au long de son apprentissage. "Il s'appelle Rick Luther et sans lui, je ferais sûrement autre chose aujourd'hui. Quelqu'un comme ça, a une influence sur vous plus grande que vous ne pouvez l'imaginer". Les goûts musicaux des frères Gardner se sont ensuite rapidement orientés vers le rock progressif des années 70 (Rush, Kansas, Jethro Tull, Yes...) ainsi que vers des groupes tels que Chicago, Earth Wind and Fire ou encore Blood Sweet and Tears. Bien qu'il ait été primé au conservatoire, Trent décida rapidement de ne pas poursuivre des études "classiques" afin de se consacrer à ses propres compositions, désireux qu'il etait d'expérimenter et de s'éloigner des règles musicales établies. A cette époque, la musique ne représentait
pas une activité à temps plein pour les frères Gardner. En effet, Trent travaillait comme officier de police dans le quartier de la Baie et Wayne, dans le domaine de l'application de la loi. A propos de son poste, Trent ajoute : "D'une certaine façon, cette expérience m'a aidé dans ce que je fais aujourd'hui. J'avoue sincèrement qu'il est plus facile d'arrêter un criminel l'arme au poing que de produire un album de rock progressif".
Après avoir joué dans plusieurs groupes locaux, en 1985 les frères Gardner forment un groupe de prog du nom de "Streamline", puis en 1990, sur les conseils de Ian Anderson, ils optent pour Magellan, un nom plus en phase avec leur musique. De 1985 à 1987, une intense activité créative aboutit à l'enregistrement d'une démo "Never Revolution Go Backward" qui leur permettra de concrétiser sur face digitale le monstrueux jet harmonique qu'est "Hour Of Restoration". Cette démo leur apportera deux satisfactions non négligeables : tout d'abord, elle leur ouvrira les portes de la distribution, grâce à Magna Carta. Quant à la seconde, ce sera d'avoir reçu une lettre du Chaman Ian Anderson, de Jethro Tull qui, n'allant guère de main morte, qualifiera carrément leur travail comme "la musique la plus mûre qu'il ait reçu depuis longtemps". Peu de temps après la sortie de ce premier album, Trent rendra son insigne pour se consacrer entièrement à la musique et Wayne en fera de même. En 1991, cet album frappe par son originalité et attire rapidement l'attention de la spère musicale rock. Changements de tempo et ruptures de rythmes incessants, lyrisme éblouissant, claviers emphatiques forment l'empreinte du groupe. Magellan récidive en 1994 avec un deuxième album, le monumental "Impending Ascension" où l'enchevêtrement rythmique très technique et les structures mélodiques complexes apparaissent comme l'élément moteur de composition du groupe, au contraire d'une virtuosité gratuite. Ce disque confirme que les frères Gardner sont une force montante du Prog sur laquelle il faut désormais compter. En 1997 l'album "Test of Wills" marque une évolution dans la jeune carrière du groupe : un son plus heavy et une nouvelle vitalité appuyée par l'arrivée d'un batteur (en lieu et place des batteries programmées) permettent à Magellan de continuer de se démarquer et d'affirmer son identité en proposant une musique plus organique. Trent précise "Comme Magellan, mais dans le monde de la musique uniquement, nous souhaitons êtres des explorateurs. Je n'imagine pas, en tant que musicien, jouer les mêmes mélodies pendant des années. Il faut que cela bouge, que cela évolue, il faut oser être aventureux. C'est là le sens de notre démarche".
Parrallèlement, Trent s'investit dans de nombreux projets solo tels qu' "Explorers Club" ou encore "Leonardo, the absolute man", un opéra rock basé sur la vie de Léonard De Vinci. Toutes ces sessions lui permettent de travailler avec des légendes du prog (Steve Walsh, Steve Howe, Ian Anderson...) et d'illustres noms de la scène actuelle (James Labrie, John Petrucci, Derek Sherinian...). Magellan participe également à de nombreux albums hommage (Genesis, Pink Floyd, Yes, Jethro Tull, ELP, Rush), initiés par Magna Carta ; Trent collabore également à différents albums solo en tant que musicien, compositeur et/ou producteur (Mullmuzzler, Steve Walsh...). Durant les années 90, toutes ces opportunités d'enregistrements alliées au manque de moyens financiers de leur label empêchent les frères Gardner de tourner, excepté dans les clubs locaux de Vacaville, ce qui représente pourtant leur souhait le plus cher. En 2001, Trent retourne toutefois sur scene au trombone avec "Time Bandits", un groupe de la côte ouest californienne.
En 2002, sort le très attendu 4ème album de Magellan, un concept album "Hundred Year Flood" sur lequel Trent aborde la mort de son frère Jack, décédé durant la guerre du Vietnam. Une fresque épique de plus de trente minutes, riche et dense où se mêlent un flot d'émotions.
L'anné 2003 représente un tournant pour Magellan puisque le groupe quitte Magna Carta et signe avec l'écurie progressive Inside Out, un label digne d'apporter enfin au groupe la juste reconnaissance qu'il mérite. Avec "Impossible figures" le premier album de cette ère nouvelle, Magellan atteint le but qu'il s'était fixé, à savoir, rester fidèle à son style tout en continuant d'intégrer des éléments modernes capables de faire évoluer sa musique. Ce 5ème album conjugue à la fois des guitares agressives et des arrangements de claviers somptueux. La grande classe !!!
Trent est membre de la NMPA (National Music Publishers Association) avec sa maison d'édition "Soul of the Sasquatch Music" ; il est affilié à BMI comme producteur et auteur, et il est membre actif de la NARAS (National Association of Recording Arts and Sciences).
Genre : Rock Progressif Origine : Vallejo, Californie (USA)
line-up : Trent Gardner : Chant, Claviers, Trombone Wayne Gardner : Chant, Guitare, Basse Brad Kaiser : batterie et percussions
Critique de l'Album
Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce troisième album de Magellan se sera fait attendre... Lorsque nous avons rencontré Wayne Gardner, guitariste du groupe, au Progfest 94 en novembre 94 à Los Angeles, ce dernier nous avait laissé espérer la parution de TOW (le titre était déjà défini à l'époque) pour le courant de l'année 95... La ponctualité n'est pas la qualité première de la famille Gardner...
Ce ne sont pas les diverses participations aux différents "Tributes to..." de Magna Carta qui peuvent expliquer un tel délai mais plus certainement le souci de peaufiner méticuleusement jusqu'au détail ultime la nature musicale de TOW qui nous réserve plus d'une surprise. La première d'entres elles, et elle est de taille, a trait aux remaniements au sein du groupe. Bien évidemment, les frères Gardnber sont à la barre, mais contrairement à ce qui nous avait été dit, Magellan a intégré un batteur de chair et d'os. Brad Kaiser, c'est son nom, remplace avantageusement les programmations rythmiques d'antan, ce qui permet au groupe de gagner en chaleur et en convivialité. En revanche, le bassiste Hal "Stringfellow" Imbrie s'en est allé : dommage.
Autre surprise : la première écoute de TOW rend perplexe, le groupe se livrant à toutes sortes d'expérimentations tant sur la plan de la recherche mélodique que du traitement sonore de sa musique. Il faut plusieurs écoutes avant de chasser de son esprit le souvenir des deux précédents opus auxquels on se réfère forcément et de pouvoir entrer dans la musique de ce troisième album.
Certes des éléments de permanence sont bien présents. Il y a tout d'abord un son "Magellan", unique et instantanément reconnaissable. Il y a la voix si particulière de Trent Gardner et un traitement spécifique des harmonies vocales. Il y a une propension à construire des morceaux alambiqués, faits de breaks incessants et de structures mélodiques en mosaique, difficile à appréhender du premier "coup d'oreille", comme "Test of wills" ou "The solano county engineering archives". Mais là où auparavant Magellan se livrait à un déferlement sonore incessant, ne laissant aucun répit à un auditeur médusé qui frisait la migraine, on constate désormais un sens du contrasté qui n'en rend la musique de Magellan que plus efficace et plus forte. "Walk fast, look worried" alterne ainsi une introduction à la "Dust in the wind" de Kansas, puis une séquence qui ne ressemble à rien d'autre qu'à du Magellan pour se conclure par un épilogue court digne de Jethro Tull.
Ce n'est d'ailleurs pas là la seule référence à Jethro Tull. On connait la passion des frères Gardner pour Ian Anderson et son groupe. On a encore en mémoire la version magistrale d' "Aqualung" réalisée par Magellan sur le "Tribute to... Jethro Tull". Sur cet album, le groupe y va de son hommage au Tull, en particulier sur "Jacko", la flûte traversière réapparaissant ici ou là sur d'autres morceaux également, la voix devenant une imitation d'Ian Anderson. La flûte traversière est certes un élément inédit dans le contexte de Magellan mais elle fait immédiatement référence au Tull. En revanche, l'utilisation du trombone sur "Test of wills" (le morceau), réalisée de superbe façon, est en apparence originale mais tout à fait naturelle dans la mesure où Trent a commencé la musique sur cet instrument. Cette originalité que d'aucuns qualifieront d'excentricité ne fait que traduire les racines jazz du groupe qui transparaissent dans certaines phrases mélodiques.
On évoquait plus haut le sens du contraste dans l'alternance de tensions-apaisements. Ce sens du contraste apparait également au niveau de l'inspiration qui va de l'introduction de "Jacko" au piano néo-classique voire contemporain à la rythmique de "Crucible" aux forts relents de celle du "Land of confusion" de Genesis, tout cela avec la touche Magellan.
Un disque superbe dont l'éclectisme et la richesse aboutit à un résultat étonnant et détonant. Impressionnant.
"plusieurs avis valent mieux qu'un" Magellan aura mis plus de 3 ans pour offrir une suite à "Impending ascension". Le groupe jouait avec nos nerfs, ayant décidé, il y a quelques mois de jeter les bandes studio pour reprendre le nouvel album à zéro ! Seul "critic's carnival" qui clôture "Test of wills" est rescapé de ces séances. On entend d'ailleurs une différence car la batterie y est encore synthétique ! Depuis, le groupe a trouvé en Brad Kaiser un "vrai" batteur, à l'aise avec les rythmiques alambiquées caractéristiques du groupe américain. Par contre, le bassiste n'est plus là. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort ! Telle pourrait être la devise des frères Gardner ! Avec ce nouvel album, ils proposent des morceaux assez fous, aux arrangements complexes, poussant leur sens de la modulation dans ses derniers retranchements. Le son repose plus qu'à l'habitude sur les guitares. "Test of wills", le morceau le plus heavy, ferait pâlir Dream Theater. Trent y utilise même le trombone de manière originale, rendant ainsi hommage à Chicago, l'une des ses influences avouées. Mais tout est affaire de son car Magellan n'est pas un groupe de heavy métal qui se donne un alibi progressif. Sa musique dense et puissante n'est pas consensuelle et par sa démarche plutôt radicale, elle ne fera sûrement pas l'unanimité. Magellan est pourtant un groupe progressif majeur des années 90.
une petite idée, alors Youtube est votre ami :
Format : MP3 (320 Kbs) durée totale : 55 mn 12 s présence pochette & livret : non
les titres de l'album : 1. Gameface 2. A Social Marginal 3. Walk Fast. Look Worried 4. Test Of Wills 5. Bully Pulpit (Part 1) 6. Jacko 7. Crucible 8. Preaching The Converted 9. Critic's Carnival
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