Lazar Berman est un pianiste soviétique, né le 26 février 1930 à Leningrad (Union soviétique ; redevenue Saint-Pétersbourg) et décédé le 6 février 2005 à Florence (Italie). À sept ans, il enregistra une fantaisie de Wolfgang Amadeus Mozart et une mazurka qu'il avait composée, avant même de savoir écrire. Emil Guilels le décrivit alors comme un « phénomène du monde musical ». En 1939 alors qu'il a neuf ans sa famille déménage à Moscou pour qu'il puisse étudier avec Alexandre Goldenweiser au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou tout comme Sviatoslav Richter, Vladimir Sofronitsky et Maria Yudina. Un an plus tard en 1940 il donna son premier concert officiel en jouant le Concerto n° 25 de Mozart....(...page Wiki...)
Au début des années soixante-dix, il était extrêmement difficile de se procurer en Occident des enregistrements de Lazar Berman. Quelques captations live étaient édités en Italie où les mélomanes en avait fait leur Dieu à l’égal de Richter. En fait une seule gravure de studio assurait sa légende : l’intégrale des Études d’exécution transcendante de Liszt publiée par EMI sous licence Melodiya. Dans son sillage une Sonate D. 960 de Schubert, littéralement hors du temps, connut une distribution plus discrète. Une tournée fulgurante aux États-Unis, arrangé par son impresario Jacques Leiser, le révéla Outre-Atlantique à un public enthousiaste, mais en Europe Occidentale, ce fut Herbert von Karajan qui brisa l’isolement du géant russe en l’invitant à graver en novembre 1975 le Premier Concerto de Tchaïkovski, cherchant à renouveler le coup d’éclat qu’il y avait produit treize ans plus tôt avec Sviatoslav Richter. Les critiques ne purent s’empêcher de comparer, parfois au désavantage de Berman, mais les portes des studios du label jaune lui étaient ouvertes, aubaine d’autant que Melodiya se détournait de cet artiste majeur, lui faisant payer sa nouvelle carrière à l’Ouest. Liszt serait à nouveau le héraut de Berman : les deux Concertos avec Giulini enthousiasmèrent et la critique et les mélomanes, ouvrant la voix à un projet qui tenait particulièrement à cœur au pianiste : graver l’intégrale des Années de pèlerinage. Il avait gagné ses galons de virtuose avec les Études, il voulait qu’à travers les voyages poétiques des Années, on reconnut l’artiste. Sa légende d’interprète lisztien devint absolue, et la couverture du coffret de trois microsillons disparue littéralement sous les stickers des prix phonographiques décernés des deux cotés de l’Atlantique. Régulièrement, de 1975 à 1980, Berman retourna à Munich ou à Berlin pour enregistrer un répertoire qu’il choisissait librement, tout comme il le faisait en parallèle pour Sony aux États-Unis. ...La saga Deutsche Grammophon ne passa le cap des années 80. Berman était en proie à une censure grandissante de la part des autorités soviétiques. Je me souviens l’avoir rencontré en 1985 dans un hôtel du boulevard Haussmann sous une surveillance discrète : c’était un homme courtois, d’une simplicité absolue, dont l’œil brillait lorsqu’on parlait musique, mais dont le physique de géant était esseulé, épuisé, détruit de l’intérieur. Finalement, cédant à des campagnes répétées de dénigrement où revenait sans cesse la mise en avant de ses origines juives, Berman choisit de s’exiler en Italie après que la douane russe ait saisi dans ses bagages des livres édités aux États-Unis : on le taxa immédiatement de propagande capitaliste. En 1990, l’un des plus grands pianistes de sa génération était enfin établi en Occident, disponible pour les maisons de disques qui l’avaient accueilli à bras ouverts alors qu’il était citoyen soviétique. Pas une proposition. En 1995, il s’installait définitivement à Florence. Dix années à vivre encore, des concerts oui, dont les éditeurs italiens publiaient immédiatement ces captations pirates, ce qui enchantait Berman. Mais si peu de studio, et pour des éditeurs absolument confidentiels. Incroyable rendez-vous manqué !...(...source...)
Lazar Berman est devenu un paratonnerre, attirant des louanges aveuglantes ainsi que des critiques assez douloureuses pour enlever la peau d'un singe en laiton. Nous avons été amenés à croire, IT publicistes enflammés, que le pianiste soviétique de 47 ans est Horowitz, Rubinstein, Rachmaninoff et la réincarnation de Franz Liszt tout enveloppé dans un paquet chunky, barbu. Les sceptiques soutiennent à l'inverse qu'il s'agit d'une motte sans âme avec cinq pouces sur chaque main. Pris entre ces opinions remarquablement contradictoires, qu'est-ce que le pauvre auditeur non engagé doit faire? . Eh bien, si une telle solution ne semble pas trop excentrique, une façon possible de résoudre le problème est d'obtenir des enregistrements de Berman et de les écouter. ...La controverse du Grand Berman, par conséquent, se compose principalement d'air chaud, soufflé sur le sujet de plusieurs côtés à la fois. Il est évidemment un pianiste important dans la tradition qui met la virtuosité technique au centre du monde musical (Franz Liszt lui-même n'a jamais été effacé de cette charge, en fait) et évidemment il ne se classe pas parmi les géants intellectuels du clavier. Le fan club Alfred Brendel n'a pas à s'inquiéter. Mais M. Berman est si clairement un musicien de la sensibilité aussi bien que de la maîtrise technique, comme son «pèlerinage» démontre encore et encore, que l'on «s'en va perplexe à la violence des arguments contre lui. Voici quelques réponses possibles, proposées aussi discrètement que possible dans les circonstances. Une raison, bien sûr, est que les louanges extravagantes attirent toujours une réaction extravagante: Toscanini, Callas, Horowitz, Rubinstein, Solti, Sills et à peu près tous les autres artistes très médiatisés sont venus pour ce genre de réévaluation sérieuse. Dans l'ensemble, de tels échanges sont sains, même quand ils deviennent amers et engendrent une sottise partisane parmi ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent et qui se fichent vraiment de la musique. Dans l'affaire Berman, d'ailleurs, considérez ceci: Quand il a fait irruption sur la scène internationale, il était au milieu de la quarantaine, et d'autres pianistes de sa génération ont probablement estimé que l'ordre était bien établi depuis quelques années. Maintenant, ils constatent soudainement que l'ordre établi a été contesté, et certains se sentent piqués. Un pianiste soviétique, en fait, a récemment montré son irritation suite à la réception de M. Berman dans l'Ouest lors d'une conversation avec cet écrivain, et a attaqué sa campagne de publicité pour avoir prétendument utilisé des citations inventées ou déformées. Bien entendu, tout cela était confidentiel, comme d'autres discussions de M. Berman par ses collègues soviétiques. En tout état de cause, aucun auditeur n'a besoin de prêter trop d'attention à la controverse de Berman tant que des témoins tels que son «Pelerinage» peuvent être mis à la barre. Son talent ou son manque de talent est maintenant littéralement une question de record....(...source en anglais...)