Maurizio Pollini est né le 5 janvier 1942 à Milan(Italie). Son père est l’architecte Gino Pollini, l’un des principaux représentants du rationalisme italien, mais aussi un grand violoniste. Sa mère, Renata Melotti, a étudié le piano et le chant et est la sœur du célèbre sculpteur Fausto Melotti, qui aura une influence durable sur le jeune Pollini. Il prend ses premières leçons de piano dès l'âge de six ans avec Carlo Lonati. Il n'a que dix lorsqu'il donne son premier concert à Milan. De 1955 à 1959, Maurizio Pollini poursuit ses études auprès de Carlo Vidusso au conservatoire de Milan. Il emporte le Deuxième prix au Concours international de Genève en 1957 et commence des études de composition avec Bruno Bettinelli en 1958. L'année suivante, il obtient le Premier prix au Concours Pozzoli à Seregno. En 1960, il gagne le Premier prix au Concours international Chopin à Varsovie. Il se produit à La Scala de Milan, jouant le Premier Concerto pour piano de Chopin sous la direction de Sergiu Celibidache. Souhaitant prendre du recul, en 1961, il commence des études de physique et à partir de l’été, interrompt ses activités de concertiste pendant un an et demi. En 1962, Maurizio Pollini suit des master-classes d’Arturo Benedetti Michelangeli. En 1963, il fait ses débuts à Londres et à Berlin, puis en 1968 ses débuts aux États-Unis. Il joue alors de plus en plus de musique du XXe siècle. En 1970, il fait une première apparition avec le Philharmonique de Berlin. En 1971, Maurizio Pollini réalise ses premiers enregistrements pour Deutsche Grammophon: Trois Mouvements de Pétrouchka de Stravinsky et Septième Sonate de Prokofiev. Deux ans plus tard, ses enregistrements, pour ce même label, des Études de Chopin reçoivent le Gran Premio del disco «Ritmo» de Madrid, le Prix mondial du disque de Montreux, le Record Academy Prize de Tokyo et le prix Edison. ...Le nom de Maurizio Pollini évoque une carrière extrêmement importante : l'histoire d'un homme et un artiste connu partout dans le monde, très prisé par le public et les critiques de toutes les latitudes et de génération. Invité depuis plus de 40 ans dans toutes les grandes salles de concert européennes, américaines et japonaises et les festivals, Maurizio Pollini a joué avec l'orchestre les plus célébrer et orchestres. Il a reçu de nombreux prix internationaux : le Philharmonique de Vienne Ehrenring en 1987, le Goldenes Ehrenzeichen de Salzbourg en 1995, le Ernst-von-Siemens Music Prize à Munich en 1996, le "A Life for Music- Arthur Rubinstein" Prix à Venise en 1999 et le prix Arturo Benedetti Michelangelià Milan en 2000. En Octobre 2010 Pollini a reçu le prestigieux Prix Imperiale à Tokyo. Son répertoire s'étend de Bach aux compositeurs contemporains (y compris premières performances de Manzoni, Nono et Sciarrino) et comprend l'intégralité des 32 sonates de Beethoven qu'il a joué à Berlin, Munich, Milan, New York, Londres, Vienne et Paris. Il a enregistré des oeuvres du répertoire classique, romantique et contemporaine à l'essentiel dans le monde entier lettres de noblesse. Ses enregistrements des oeuvres complètes pour piano de Schoenberg, et des oeuvres de Berg, Webern, Manzoni, Nono, Boulez et Stockhausen sont un témoignage de sa grande passion pour la musique des 20e siècle...(...source...)
Eh oui, il s’agit bien d’un enregistrement très récent de Debussy par Maurizio Pollini (flanqué de son propre fils Daniele pour En blanc et en noir), réalisé fin 2016 dans la somptueuse Herkulessaal de Munich. Le vieux lion du piano y déroule le somptueux et énigmatique tissage musical qu’est le Second Livre des Préludes de Debussy, achevé en 1912 : une délicatissime trame plutôt esquissée et suggérée que vraiment imposée, et il échoit au pianiste de ne pas en « faire trop ». Maurizio Pollini, soixante-quatorze ans au moment de l’enregistrement, sait parfaitement doser son jeu et donner la sensation que cette musique est en même temps écrite et improvisée. L’album se referme donc avec En blanc et en noir pour deux pianos, qui fit écrire à Debussy en 1915 : « J’ai beaucoup souffert de la longue sécheresse imposée, à mon cerveau, par la guerre » ; après des mois de silence, et le travail d’édition qu’il venait de faire sur Chopin, s’ouvrait une période de ferveur créative qui se poursuivrait avec les deux Livres des Études et les dernières sonates. Intitulés dans un premier temps « Caprices en blanc et noir », les trois morceaux d’En blanc et noir renvoient tout bonnement aux touches de l’instrument et, comme l’écrit Debussy en 1916, « veulent tirer leur couleur, leur émotion du simple piano, tels les gris de Vélasquez ». Le gris, fruit naturel du mélange du blanc et du noir. (page commerciale)
Maurizio Pollini participe à sa façon au Centenaire Debussy 2018 (25 mars prochain : 100 ans de la mort du compositeur) : il boucle son cycle pianistique debussyste en jouant 18 ans après le Premier Livre, les 12 séquences des Préludes du Livre II. On ne saurait jamais assez souligner le soin et la sensibilité littéraire et poétique de Claude de France, capable de mettre en musique Verlaine (avant Fauré) et Mallarmé. Ici, les titres des Préludes appellent à la pure magie d’un imaginaire qui sollicite la Nature, les miroitements aquatiques, les effets climatiques (brouillards, …), essor du végétal (bruyères, feuilles mortes, …), ou des sensations plus intimes liées à des souvenirs autobiographiques (« Les fées sont d’exquises danseuses »…/ « La terrasse des audiences du clair de lune », « Ondine »)… ; auxquels répondent les 3 stances pianistiques d’En Blanc et noir, cycle tardif de 1915… abordé ici à quatre mains avec son fils, Daniele. Dans un prise de son, pas toujours très détaillée et dure, le jeu très vif et contrasté de Pollini père, déploie un son plus serré, moins organique, débridé et poétiquement fouillé que celui de Barenboim (cf son récent cd Debussy, édité en janvier 2018 chez le même éditeur) ; plus cérébral mais animé par cette pulsion organique d’une formidable tension et aspiration (premier tableau du triptyque En blanc et noir), – à deux pianos avec Daniele Pollini (son fils), Maurizio affirme une éclatante vivacité qui dans chaque épisode poétique, fouille et sculpte les arêtes vives du poème pianistique. Le chant, le souffle, la vibration de la matière naturel semblent agiter et investir tout le corps du piano, creusant un peu plus à chaque tableau, tout ce qui mène Debussy vers un éclatement et une fragmentation très caractérisée et contrastée de la texture musicale. Architecte, et poète aussi, Maurizio Pollini sait éclairer tout ce qui chez Debussy appelle au rêve, à la liberté, à cet éclatement des mondes harmoniques et de la grille rythmique totalement improvisée (ou qui semble telle… parfois proche du Stravinsky du Sacre… que le symboliste a bien analysé à sa création en 1913). Lent-Sombre, ne laisse pas de captiver par son énoncé énigmatique, qui énumère plusieurs motifs secrets, égrénés comme une série de rébus en rituel. Cette séquence où le 2 pianos de Debussy permet la transmission entre le fils et le père, Daniele et Maurizio, suscite aussi la richesse du triptyque édité en conclusion de ce récital Debussy… passionnante écoute colelctive. Les deux pianistes en complicité, servent une reconnaissance intérieure qui dévoile tout ce que Debussy a écrit en syncopes millimétrées, rythmes et accents haletants, miroitements apeurés, hallucinés,… vibration continuelle au diapason d’une atmosphère inquiète en besoin de reconstruction. D’autant que l’ultime tableau, en son instabilité même, rejoint la touche vibratile des impressionnistes sur le motif, marin ou océan, capables en touches pavimenteuses et fragmentées, d’exprimer l’énergie multidirectionnelle des éléments, vent, eau, lumière… creuset scintillant d’une oscillation primaire, réellement captivante. Debussy est un climatologue émerveillé : le voici dans toute sa miroitante sensibilité. Pour les 12 séquences des Préludes Livre II (qui précèdent), plus imprévisibles encore que celles du Livre I, Maurizio Pollini seul, sculpte l’étoffe debussyste avec une attention très scrupuleuse de chaque carrure rythmique, au risque de perdre parfois l’impression du jaillissement premier; c’est bien sous ses doigts, ce crépitement ouaté des deux derniers épisodes, le dernier d’une durée double à celui qui précède : « Les Tierces alternées » puis « Feux d’artifice » : cet équilibre suspendu des tuilages harmoniques qui créent un nimbe de vapeurs enveloppantes, déploie toute la matière crépitante et mystérieuse d’un Debussy impressionniste, proche du Monet des Nynphéas. De sorte que Pollini affirme sa qualité première de passeur envoûté, enivrant, juste. Récitla très recommandable. Et comme le récent cd signé de Daniel Barenboim, un nouvel album qui compte pour cette année Debussy 2018.....(...source...)