Je m'appuierai sur une citation de Ravel – ouais, encore lui ! — car les dires d'un musicien de cette trempe sont pour moi la garantie de débiter le moins de conneries possible, si tant est que l'ami Maurice n'avait pas pris un café trop serré ce jour-là : « Je me refuse simplement, mais absolument à confondre la conscience de l'artiste, qui est une chose, avec sa sincérité, qui en est une autre. Cette conscience exige que nous développions en nous le bon ouvrier. Mon objectif est donc la perfection technique. Je puis y tendre sans cesse, puisque je suis assuré de ne jamais l'atteindre. L'important est d'en approcher toujours davantage. L'art, sans doute, a d'autres effets, mais l'artiste, à mon gré, ne doit pas avoir d'autre but. (...) Je n'aime pas trop cette espèce de "sincérité". J'essaye de faire de l'art.» Partant, en poussant à peine le raisonnement, si la sincérité en art (ou en amour) n'existe pas, si elle est construction, si elle est mensonge, alors Harriet Wheeler, la voix du groupe The Sundays, sait mentir divinement bien. Apparu dans le paysage musical en 1990, avec l'album Reading, Writing and Arithmetic qui vous est proposé aujourd'hui, le groupe produit une musique qui vous entre par les narines comme de l'air pur. Son effet nous fait quitter le sol, direction les nuages, en cela les Anglais n'ont pas leur pareil pour nous procurer cette sensation fly in the sky. Voilà : c'est de l'oxygène. À écouter la voix de Harriet Wheels, bouleversante de spontanéité, de justesse, on se dit que, même si la vie est ratée, c'est malgré tout pas si mal que ça la vie. Tenez, le mieux pour illustrer ce que je raconte est de vous faire sniffer un échantillon. Prenons au hasard Can't be Sure et son émotion contenue qui explose à 2:35 sur "and it's my life". Il y a de fortes chances, à ce moment du morceau, que vous vous mettiez instantanément à déplier vos bras comme si c'était les ailes d'un A320, le visage tout sourire, au grand étonnement de votre entourage :
De même sur le single Here's Where The Story Ends
Au sujet de leur activité discographique, Harriet et ses potes sont en sommeil depuis... 1997 — ouep, ça commence à faire. Toutefois, en 2014, ils ont laissé entendre qu'ils ne seraient pas contre la sortie d'un prochain album à condition que tous les morceaux leur donnent entière satisfaction ; aujourd'hui, quatre ans plus tard, on peut en déduire qu'il y en a toujours dans la liste qui les font chier. Avis aux drogués, je précise que j'ai les albums Blind (1992) et Static and Silence (1997) en format Flac, 16 bits et tout le toutim. Si, après avoir sniffé celui-là, vous vous retrouvez en cruel manque d'oxygène, je suis prêt à vous en fournir du bon, du pur, et pour pas cher !