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Depuis la porte de la suite qu'ils ont réservée pour nous rencontrer, on aperçoit une jambe fine et musclée moulée dans un jean sombre voler dans les airs. Une autre la suit, bien droite, dans un mouvement répétitif. On s'inquiète, on s'approche… Tout va bien, il s'agit de Sting, allongé sur l'immense lit molletonné de ce palace parisien, qui pratique quelques mouvements de gymnastique. Presque immédiatement après, une porte s'ouvre avec fracas : Shaggy entre dans la pièce, dans un grand rire sonore. Entre les deux hommes, le contraste est saisissant. Face à un Shaggy vif, rigolo, Sting semble soucieux, fatigué, presque blasé. Il soupire quand il doit s'installer sur le canapé près de son ami pour répondre à nos questions. Réunis par Martin Kierszenbaum, le manager de Sting et directeur artistique de Shaggy, les deux chanteurs ne devaient au départ enregistrer qu'un titre, « Don't Make Me Wait », mais ils se sont tellement adorés que c'est un album entier qui est sorti du studio où ils s'étaient enfermés pendant six semaines, à New York. Baptisé « 44/876 » (pour les indicatifs téléphoniques de leur pays d'origine, Royaume-Uni et Jamaïque : 44 et 876), cet album est un parfait exemple de la dextérité de ces deux hommes à fusionner leurs styles. Inspirés par Bob Marley, ils délivrent un message d'amour, d'espoir, de liberté et d'unité, sur fond de mélodies uptempo chaloupées. Influencé depuis longtemps par le reggae, Sting avait déjà travaillé avec Sly and Robbie et Ziggy Marley. Il a même écrit « Every Breath You Take », un de ses plus grands tubes, lors d'un voyage en Jamaïque. De son côté, Shaggy est l'un des premiers à avoir exporté le dancehall dans le monde dans les années 90 avec son fantastique « Boombastic ». Shaggy, lui, n'avait aucun doute sur le succès de leur collaboration : « On est tous les deux assez bon pour fusionner les genres de musique », raconte-t-il, avant d'être contredit par Sting : « Moi, je ne savais pas si ça allait marcher, mais le succès commercial ou critique du projet ne m'importait peu : le faire me suffisait parce qu'on s'amusait tellement… » Sting a toujours adoré la chanson de Shaggy « It Wasn't Me ». « Au début, je trouvais les paroles pas très morales… », confie-t-il (la chanson parle d'un homme surpris en train de tromper sa copine). « Mais, à la fin du morceau, la situation se retourne. Donc, la chanson devient une parabole... Ma version favorite est celle où Shaggy singe Donald Trump avec une perruque blonde ! » En dehors du fait d'être tous deux affublés d'un surnom commençant par « s » (Sting s'appelle en réalité Gordon Matthew Thomas Sumner et Shaggy Orville Richard Burrell), ils partagent chacun leurs vues avec des femmes à forte personnalité qui font des films (Sting est avec Trudie Styler depuis 30 ans et Shaggy depuis 16 ans avec Rebecca Packer). Tous deux philanthropes dévoués (Sting a fondé le Rainforest Fund avec sa femme en 1989), Sting et Shaggy ont interprété devant 20 000 personnes leur titre « Don't Make Me Wait » pour la première fois lors d'un événement caritatif en faveur de l'hôpital pour enfants Bustamante (un service situé à Kingston que Shaggy a soutenu depuis longtemps via sa fondation Shaggy Make A Difference). Depuis, ils sont inséparables. Sting a même appris à Shaggy à jouer de la guitare. « Le premier cours était gratuit, mais je te ferai payer les suivants », dit-il, hilare, et complice. C'est une bromance, c'est une belle histoire....
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