Gluck - Orfeo ed Euridice | Philippe Jaroussky2018
Philippe Jaroussky. Âgé d’un peu plus de 30 ans, le contre-ténor Philippe Jaroussky a déjà conquis une place prééminente dans le paysage musical international, comme l’ont confirmé les Victoires de la Musique (Révélation Artiste lyrique en 2004 puis Artiste Lyrique de l’Année en 2007 et 2010) et, récemment, les prestigieux Echo Klassik Awards en Allemagne, lors de la cérémonie 2008 à Munich (Chanteur de l’Année) puis celle 2009 à Dresde (avec L’Arpeggiata).
Avec une maîtrise technique qui lui permet les nuances les plus audacieuses et les pyrotechnies les plus périlleuses, Philippe Jaroussky a investi un répertoire extrêmement large dans le domaine baroque, des raffinements du Seicento italien avec des compositeurs tels que Monteverdi, Sances ou Rossi jusqu’à la virtuosité étourdissante des Händel ou autres Vivaldi, ce dernier étant sans doute le compositeur qu’il a le plus fréquemment servi ces dernières années. Il a très récemment abordé la période préclassique, avec l’œuvre de Johann Christian Bach en compagnie du Cercle de l’Harmonie. Philippe Jaroussky a aussi exploré les mélodies françaises accompagné du pianiste Jérôme Ducros et dans les plus grandes salles d’Europe et lors d’une vaste tournée au Japon. Le domaine contemporain prend une place croissante, avec la création d’un cycle de mélodies composées par Marc André Dalbavie sur des sonnets de Louise Labbé, avec l’Orchestre National de Lyon dirigé par Thierry Fischer (reprise en 2010 avec l’Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach)....
(...WebSite...)Voici le premier enregistrement jamais réalisé de cette version particulière d’Orfeo ed Euridice de Gluck : celle du Théâtre Royal de Naples pour le Carnaval de 1774. Certes, elle repose en partie sur la version initiale de Vienne datée 1762 (où Orphée était chanté par un castrat alto), mais également sur la réécriture de 1769 pour Parme où Orphée était confié à un soprano masculin. Les notes, les tonalités, l’instrumentation, les tempos et nombre de dynamiques subirent de considérables modifications dans la version du Carnaval napolitain ; l’ouvrage est à la fois entièrement reconnaissable et pourtant différent de sa forme habituelle, d’autant que sont rajoutés quelques numéros entièrement nouveaux – dont l’un, en vérité, est sans doute possible dû à l’aristocrate dilettante Diego Naselli, le second peut-être aussi. L’orchestration elle-même subit maintes modifications, dues bien sûr aux contraintes locales et disponibilités du moment. Le succès napolitain de février 1774 fut suffisant pour qu’en novembre de la même année, le fameux Théâtre San Carlo se saisisse de l’ouvrage – encore une fois dans une toute nouvelle version, avec non plus trois mais huit personnages, et plusieurs numéros apocryphes de Jean-Chrétien Bach et autres stars du moment, destinés à rallonger l'ouvrage jusqu’à trois actes, là où la présente version n’en offre qu’un seul, divisé en six scènes. Orphée est chanté par Philippe Jaroussky, Eurydice par Amanda Forsythe, Amore par Emöke Baráth, tandis que Diego Fasolis mène avec ardeur l’ensemble I Barocchisti et le Chœur de la Radio Suisse Italienne. Les amateurs de Gluck seront ravis de découvrir encore l’une des mille facettes possibles et imaginables de cet ouvrage qui, décidément, aura connu d’innombrables réécritures et péripéties. (page commerciale)


Diego Fasolis, en maestro inspiré nous dévoile une version peu connue de l’Orfeo gluckiste donnée triomphalement à Naples (après sa création originelle à Vienne en 1762) avec danses et arrangements spécifiques pour réussir sa création au moment du carnaval de 1774. D’emblée la tenue magistrale de l’orchestre sur instruments anciens, détaillée, colorée, vive et subtilement énoncée impose une parure idéale à cette version historiquement informée de l’Orfeo de GLUCK à la mode napolitaine. L’activité de l’orchestre, très fluide et nerveux, mais sans sécheresse s’impose de bout en bout. Le dramatisme rond jamais véritablement mordant mais parfaitement équilibré dans sa caractérisation demeure l’atout majeur de cette lecture très aboutie voire ciselée : elle n’a pas encore la force décuplée de la version parisienne une décennie plus tard (entre autres grâce au morceau qu’ajoute alors Gluck, la fameuse danse des Furies, d’une frénésie hallucinée/nante) mais ici, le souffle que projette dans le tableau des furies justement, et que doit assagir et séduire l’endeuillé Orphée (scène III, entrée aux enfers) le maestro maître des rebonds élégiaques (évocations des ombres heureuses aux Champs-Elysées, scène V) ou donc tragiques, Diego Fasolis, suscite notre plein enthousiasme.
Il s’agit de la version pour voix de contre ténor aigu à laquelle il n’est pas certain que le chant de Philippe Jaroussky, tout en acidité (souvent peu contrôlée) et en intonation univoque, malheureusement toujours égale apportent l’éclairage idéal: on sait la séduction du timbre du français mais force est de constater l’usure d’une voix de plus en plus aigre aux aigus tirés dont le médium préserve désormais la tessiture inégale et pleine de contorsions linguistiques assez surprenante.
Face à ce chant limité et artificiel, l’amour de la soprano Emöke Barath séduit, envoûte. De même, l’Euridice d’Amanda Forsythe est d’une élégance mozartienne et l’adjonction de son grand air de bravoure (pour satisfaire les caprices narcissiques de la prima donna et aussi satisfaire aux canons de l’opéra italien soit l’air peu joué ailleurs signé Lasnel / Naselli: « tu sospiri ») apporte un éclairage premier, majeur, grâce au timbre suave et idéalement incarné de la soprano : voilà qui donne une épaisseur inédite au personnage d’Euridice ; on comprend mieux que dans la scène VI, la ressuscitée confrontée à l’apparente froideur de son aimé, provoque son retournement fatal en pleine ascension salvatrice. La jeune soprano vole la vedette au contre-ténor français. Son chant reste sincère et juste malgré l’écriture ornementée, un rien bavarde de Lasnel. L’expression de l’amoureuse perdue, démunie, déconcertée est totalement réussie.
Le choeur demeure honnête parfois appliqué mais articulé. Les vrais protagonistes restent les instruments anciens, idéalement canalisés sous la baguette d’un orfèvre épris de sensualité tragique : maestro Fasolis. Pilotant avec flexibilité et efficacité ses I Barrochisti, le chef diseur et lui aussi poète, souligne ce qui fait la force de l’opéra révolutionnaire de GLUCK aidé de son librettiste Cazalbigi, sa grande cohésion continue, son souffle unitaire : un chef d’œuvre et une épure dramatico tragique conçue selon les divines proportions d’un relief antique......
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Label : Warner Classics
Parution : 18 mai 2018
Codec : Free Lossless Audio Codec (FLAC)
Channels : Stereo / 44100 HZ / 16 Bit
Bitrate : 692 kbps
Duration : 01:17:38
Inclus : Cover, Booklet, nfo
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