Professeurs de désespoir
(Essai)


Auteur : Nancy Huston
Label : Actes Sud
ISBN : 978-2742751907
Nombre de page : 380
Date de sortie : 2004

" Nous devenons schizos, mes amis. Dans le quotidien, nous tenons les uns aux autres, suivons l'actualité avec inquiétude, faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour préserver et renforcer les liens. En tant que lecteurs ou spectateurs, au contraire, nous encensons les chantres du néant, prônons une sexualité aussi exhibitionniste que stérile, et écoutons en boucle la litanie des turpitudes humaines. A quoi est dû cet écart grandissant, à l'orée du XXIe siècle, entre ce que nous avons envie de vivre (solidarité-générosité-démocratie) et ce que nous avons envie de consommer comme culture (transgression-violence-solitude-désespoir) ? " L'homme est bon et mauvais, disait George Sand. Mais il est quelque chose encore : la nuance, la nuance qui est pour moi le but de l'art. " La littérature contemporaine aurait-elle renoncé à ce but-là ? "
Dans ce magnifique essai Nancy Huston tente de dresser un tableau, une évolution chronologique du nihilisme en littérature depuis ses origines au XIXe siècle jusqu'à la littérature contemporaine. Elle détaille, au travers de ses lectures personnelles d'une partie de la littérature occidentale et française en particulier, certains fondamentaux pouvant pousser les auteurs vers une négation du sens de la vie comme force créatrice de leur œuvre, et de leur vie intime. Elle s'interroge également sur l'appétence actuelle de notre société pour ces auteurs. Nancy Huston alterne commentaires et démonstrations grâce à des chapitres consacrés à Arthur Schopenhauer, Samuel Beckett, Emil Cioran, Jean Améry, Charlotte Delbo, Imre Kertész, Thomas Bernhard, Milan Kundera, Elfriede Jelinek, Michel Houellebecq, Sarah Kane, Christine Angot, et Linda Lê, chantres encensés d’une « sexualité aussi exhibitionniste que stérile », oubliant la nuance – comme but de l’art – chère à George Sand. Si Nancy Huston dit apprécier certains de ces auteurs, elle note néanmoins que (paradoxalement ?) la majorité sont antiféministes et n’ont pas d’enfant : « […] en général, dans les livres de Kundera, les enfants sont des êtres dangereux, ignorants, néfastes, sadiques et terrifiants ». L’analyse croisée des œuvres est impressionnante et l’on ne peut que rester admiratif devant ce travail d’envergure.
L’optique de l’auteure est très intelligemment plaidée, la langue est tout à la fois explicite, élégante et lumineuse, le propos souvent mordant : « Lorsque les gens sont soumis à des pressions intolérables et à des menaces constantes, ils sont obligés, s’ils veulent ne pas mourir, de trouver des solutions ; or ces solutions – crime, art ou folie – auront forcément le même caractère extrême que les problèmes qui les ont engendrées ».

Langue :
Français

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Nom de la release : Professeurs du désespoir - Nancy Huston.epub
Format : epub
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