Comment
la "guerre contre la terreur" lancée par l'administration Bush après le
11-Septembre a amplifié la menace djihadiste pour se muer en un conflit
mondial qui menace le coeur même de la démocratie.
Avant
le 11-Septembre, quelque quatre cents personnes avaient prêté
allégeance à Al-Qaida. Seize ans plus tard, on compte des dizaines de
milliers de militants djihadistes répartis sur plusieurs continents. Les
attaques terroristes se sont multipliées à travers le monde, entraînant
en Occident une tension des relations avec les minorités et les pays
musulmans. En violant les valeurs démocratiques qu'elle prétendait
défendre, la "guerre contre la terreur" lancée par l'administration Bush
au lendemain du 11-Septembre a eu l'effet d'"un coup de marteau dans une fiole de mercure"
: elle a fragmenté une menace autrefois circonscrite, et s'est muée en
un conflit mondial et permanent, formidable terrain pour le recrutement
djihadiste, mais aussi pour les groupes xénophobes qui montent en
puissance, en Europe comme aux États-Unis. Tel est le sombre bilan
qu'établissent, face au réalisateur Ilan Ziv (Capitalisme), des
dirigeants politiques, des responsables de la sécurité et des généraux
américains, britanniques, français et israéliens qui ont vécu les
événements de l’intérieur et au plus haut niveau. Qu'ils restent fidèles
à leurs actes passés, comme le néoconservateur Richard Perle, ou qu'ils
s'avouent hantés par la culpabilité, comme l'ancien bras droit de Colin
Powell au secrétariat d'État, Lawrence Wilkerson, ils permettent de
comprendre pourquoi cette guerre qui a ravagé le Moyen-Orient et causé
des centaines de milliers de morts constitue une impasse dont il est
difficile de sortir. Du mensonge délibéré qui a déclenché l'invasion de
l'Irak aux "sites noirs" où les États-Unis ont pratiqué la torture, Ilan
Ziv décrypte les faits à l'aune du présent, pour montrer combien les
concepts forgés par une administration pourtant discréditée restent plus
que jamais agissants.
Première partie
Ce premier volet retrace la genèse d'une "guerre" dont l'ennemi n'a
jamais été défini, une zone aveugle qui a peut-être conduit les
États-Unis et leurs alliés sur une voie sans retour, en les poussant à
s'attaquer non seulement à Al-Qaida mais aussi aux États accusés de
soutenir l'organisation, et en premier lieu l'Afghanistan des taliban.
Dans sa méconnaissance totale du Moyen-Orient, l'administration Bush a
cru pouvoir reproduire les expériences menées avec succès en Allemagne
et au Japon après la Seconde Guerre mondiale, en 1945.