La principale différence tient dans le message sous-jacent. Jacques
Prévert, l'auteur du scénario du film français, qui est un athée
convaincu, ne fait pas du tout intervenir le sacré dans son histoire.
Abuladze, lui, a ses petites idées sur la religion dans la société et ce
sont elles qui vont lui faire faire les images les plus fortes du film:
la montée de l'interminable escalier en colimaçon avec les pots de lait
caillé, le ciel qui se déchire au moment où l'histoire tourne, le
procès dans l'église avec le baisement du crucifix. Autant de jalons qui
montrent chaque fois que les pauvres seront rejetés et que les riches
ne laisseront rien passer.
L'histoire peut se résumer à trois épisodes: le malheur, le bonheur,
le drame. Mais dès le générique, le spectateur comprend avec la musique
que l'histoire sera d'une tristesse sans nom. La fin tragique est encore
accentuée par les moments de félicité précédemment partagés par les
protagonistes, l'âne fleuri, les jeux des enfants. Le spectateur va
jusqu'à croire que la vie de Magdana et de ses enfants changera grâce à
Lurdja (l'âne), que tous ensemble ils sortiront de la misère. Mais la
brutalité et l'obscurantisme feront pièce au lyrisme de ces instants.
Si L'âne de Magdana est bien aussi un film pour les enfants, il raconte, contrairement à Bim, la vie avec pessimisme."