Il y aurait de quoi être perdu si toutes ces facettes ne dessinaient pas lorsqu’on recule de trois pas un univers cohérent et nuancé. Loin du beatmaker sous influence, Al’Tarba s’avère être définitivement un artiste solo cultivé, revendiquant la complexité et délaissant l’étiquette du « puriste » trop souvent attachée au punk ou au hip hop.
Lui est le créateur d’un monde fantasque, grandiloquent, parfois grotesque, où cartoons, films de genre, comics gore, belles gosses et voyous se retrouvent, où l’innocence de l’enfance se confronte à la violence et au mal être de l’âge adulte. Le monde réel donc, passé au filtre onirique de l’artiste dans Let the ghosts sing. Chef d’orchestre de ce bal joyeusement funèbre, Al’Tarba invoque des sonorités organiques de pianos et glockenspiel, guitares ou trompettes, auxquelles répondent beats abstract et nappes electro.
Surtout – le titre s’explique – l’album est traversé de voix. Celles, samplées, fugaces, en filigranes, comme autant d’apparitions qu’on n’est pas vraiment sûr d’avoir vues, et celles véritables cette fois d’une chanteuse tzigane nommée Paloma Pradal de Bonnie Li, Jessica Fitoussi ou d’une reggae-girl genevoise du nom de Danitsa.
Des très introspectifs Siberian Vengeance ou Still Insomniac, aux plus headbangers Gangster & Rude Girls ou My Vicious Side, tout dans Let the Ghosts Sing a quelque chose de la joie macabre d’un Tim Burton ou d’un Jean Pierre Jeunet. C’est toute la force d’Al’Tarba et de cet opus, générer un endroit imaginaire où on retrouve avec un plaisir adulte et étrange la nostalgie et l’épouvante de notre enfance.