Le pianiste écossais Alasdair Beatson travaille de manière prolifique en tant que soliste et chambriste. Malgré l'ombre de Covid, Alasdair s'est occupé pendant 2020/21, jouant plusieurs fois au Wigmore Hall, enregistrant plusieurs concerts pour BBC Radio 3 aux côtés d'Alina Ibragimova, Aleksei Kiseliov et le Nash Ensemble, et rejoignant Royal Northern Sinfonia en tant que soliste de concerto. Deux nouveaux enregistrements sortent au printemps 2021: 3 sonates de Beethoven pour violon et pianoforte avec Viktoria Mullova sur Onyx, et un récital de piano solo Aus Wien sur Pentatone. Ils rejoignent une discographie acclamée de nombreux enregistrements solos et de chambre, sur des pianos modernes et d'époque, sur les labels BIS, Claves, Champs Hill, Evil Penguin, Pentatone et SOMM. (WebSite)
Sujet Vienne, objet la valse. On objectera que les Valses nobles et sentimentales de Ravel sont assez loin de Vienne malgré leur titre emprunté à Schubert, contrairement à La Valse où l’orchestre proclame l’effondrement de l’Empire. Peu importe, Alasdair Beatson les joue en grand son, avec les galbes et les ombres, malgré une prise de son trop dans le meuble du piano. Si l’air manque, les couleurs y sont, et l’absolue clarté des polyphonies jusque dans les suspensions ne refuse pourtant pas le mystère. L’album s’ouvre avec un splendide Carnaval de Vienne, où l’autorité d’un grand jeu à dix doigts qui ne fait qu’une bouchée de l’écriture anti-pianistique qu’affiche ici Schumann, magnifie une fantaisie frôlée plus d’une fois par l’aile du bizarre. Ce Carnaval là vous a des airs de Kreisleriana. L’Opus 19 de Schönberg, collection de difractions sonores qui fascinait Claudio Arrau, montre la palette de couleurs et de dynamiques qu’il faut y employer, Beatson y ajoute dans le Langsam une petit côté Visions fugitives, qui aurait cru que Schönberg puisse ne pas être si éloigné que cela de Prokofiev ! Sommet de l’album, qui se refermera sur une petite valse anecdotique de Schubert (une pointe d’humour de la part du pianiste ?), la magnifique Sonate « Caprice » de Korngold, la Troisième où pirouette dès l’Allegro un pierrot fantasque, partition redoutable pour les doigts comme pour la mémoire, brillante et piquante avec ses mélodies sensuelles et ses rythmes irréguliers, et dont la merveille est un Andante religioso qu’Alasdair Beatson prie dans l’intimité si émouvante d’un clavier, à la limite du silence. Ne serait-ce que pour celle-ci, cet enregistrement est indispensable. (artalinna)