Quinze ans d’errances oubliés d’un revers de la main avec Happiness Bastards, le nouvel album de The Black Crowes.
20 décembre 1966 : naissance de Chris Robinson, chanteur de The Black Crowes
They are leaving their shit behind. Ils laissent leurs conneries derrière eux. Dans l’absolu, la petite phrase subrepticement amenée au beau milieu de l’argumentaire de présentation se suffirait à elle-même. Yep, dans la foulée d’une tournée de reformation, un brin à retardement à cause d’une pandémie de rien du tout, la volonté affichée par Chris et Rich Robinson de faire table rase de bien des scories qui avaient pourri leur existence ensemble – et celle du groupe par ricochet – se concrétise par du… solide.
Solide, c’est en effet le premier qualificatif qui vient à l’esprit une fois achevée une écoute liminaire de Happiness Bastards. Car si “Wanting and Waiting” a été lancé en éclaireur, on souhaite bien du courage aux experts de com’ engagés à cet effet pour sortir du lot quelque “single” plus propice que les autres à l’heure d’occuper les ondes radiophoniques. Solide et compact donc, s’appuyant naturellement, à chaque chapitre – on allait écrire à tous les coins de rue –, sur les basiques qui écrivirent les tables de la loi à la sauce Crowes, à savoir ces riffs et licks de guitare du cadet Rich, secs et amples d’un côté, la faconde vocale de l’aîné Chris de l’autre, le tout au service d’un bluesy-soul rock si magnifiquement sublimé aux premières heures de Shake Your Money Maker, que parler de revival était a posteriori presque indécent.
Rien de vraiment nouveau à bord de l’embarcation Black Crowes reconstituée ? Non, et c’est tout sauf un problème. Mieux, cette envie manifeste de la fratrie de bien (re)faire les choses a quelque chose de rassurant. Ne pas se tromper d’objectif. Ne pas (plus ?) péter plus haut que son cul. S’éclater avec ce que l’on sait (bien) faire.
D’autant que, dans l’opération, et c’est aussi là l’essentiel, les frangins n’ont pas oublié de se faire plaisir. De s’éclater. D’aller furtivement frapper à la porte de la maison country via ce lancinant “Wilted Rose” conviant Lainey Wilson, l’une des figures actuelles de la pourtant florissante scène de Nashville – fief de Rich par ailleurs, ceci expliquant peut-être cela. De laisser le sentiment que quelques albums de Bob Dylan aient pu traîner avant la mise bas de ce “Bleed It Dry”. De laisser s’interroger sur le fait que si les Stones avaient intégré “Flesh Wound” au programme de leur Hackney Diamonds, certains auraient peut-être à nouveau sorti la carte punk. De lâcher enfin véritablement les chevaux sur un “Follow the Moon” qu’il nous tarde d’en ressentir la ferveur sur scène (idem pour “Dirty Cold Sun”, tiens, à la réflexion, avec ses bardées d’orgue espiègles).
En un mot comme en cent, donc, Happiness Bastards montre que l’on peut s’être assagi (pour de bon ? quelqu’un pour se risquer à prendre les paris ?) et qu’entretenir une flamme n’a rien de… sale. Et quand, après avoir passé le reste du temps à sembler en vouloir à la terre entière dans les textes, ce “Kindred Friend” vient clore les débats avec quelques cordes pour enrubanner le tout, les frangins peuvent laisser tomber guitares et micros avec le sentiment du devoir accompli...par RollingStone
Dans la série des relations familiales orageuses au sein du monde du rock, celle de Chris et Rich Robinson pourrait presque être comparée à celles des frangins Gallagher (Oasis). Pourtant, fin 2019, dans le cadre du Howard Stern Show, les deux leaders des Black Crowes nous annonçaient la fin du conflit les opposant et la résolution de leurs désaccords après quatre années sans s’adresser la parole. Malheureusement, la tournée de reformation célébrant les 30 ans du légendaire "Shake Your Money Maker" se voyait interrompue par la pandémie. Mais ce coup du sort a eu le mérite de prouver que le retour des Corbeaux Noirs était solide, ce que valide la parution d’un nouvel album, quinze ans après le sublime "Before The Frost… Until The Freeze".
Intitulé "Happiness Bastards", il voit le line-up du groupe grandement remanié puisque le bassiste Sven Pipien est le seul à avoir accepté de repartir aux côtés des frères Robinson. Composé de dix titres pour une grosse demi-heure de musique, ce nouvel opus nous renvoie aux grandes heures des débuts de la formation d’Atlanta. Doté de ce groove imparable qui a fait la réputation du groupe, il fait preuve d’une efficacité dévastatrice et se montre toujours aussi teigneux. Avec ses touches de boogie dignes du AC/DC de l’époque "Powerage", le single ‘Wanting And Willing’ avait donné le ton en étant lancé comme éclaireur, et il est loin d’être une publicité mensongère. En dehors de deux délicates ballades qui représentent les fins de chaque face d’un vinyle, le reste va mettre à mal de nombreuses articulations.
Nous retrouvons ici tous les éléments qui composent depuis le début cette recette unique au sein de laquelle les influences sont évidentes mais s’effacent toujours derrière une identité au caractère aussi affirmé que celui de ses créateurs. La slide rappelle les origines sudistes de cette formation unique (‘Bedside Manners’) mais ne confine jamais les Black Crowes au sein du seul rock sudiste. Le boogie hard-rock d’AC/DC (‘Rats And Clowns’), le blues-rock, qu’il soit revu et corrigé par les Rolling Stones (‘Dirty Cold Sun) ou qu’il soit des origines (‘Bleed It Dry’), ou le rock british et sautillant (‘Flesh Wound’) se mêlent pour un résultat unique et irrésistible. Chaque pièce possède ses propres caractéristiques qu’il vous faudra découvrir sans qu’aucun temps faible ne soit à déplorer.
Energique, accrocheur, teigneux et rafraîchissant, "Happiness Bastards" résonne comme un retour fracassant des Black Crowes qui reprennent leur trône sans coup férir. Véritable voyage au cœur d’un rock aussi varié que marqué au fer rouge par la forte identité de ses auteurs, ce recueil de dix pépites témoigne de la renaissance et de la créativité d’une formation unique qui risque de ne pas laisser beaucoup de place à la concurrence si les conflits internes ne reviennent plus interrompre son règne sans partage. - Site officiel
Par MusicWaves